La Commission européenne a assoupli ses règles concernant le renouvellement des flottes de pêche de moins de 12 mètres dans les régions ultrapériphériques (RUP), reconnaissant implicitement l’échec de cadres réglementaires inadaptés aux réalités ultramarines. Cette évolution, attendue depuis des années par les pêcheurs, ouvre enfin la voie à une modernisation des embarcations vieillissantes, indispensables à la sécurité, à la compétitivité et à la pérennité de la pêche artisanale française dans l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique.

Ce revirement européen met en lumière une réalité longtemps dénoncée : des normes pensées pour le continent ont enfermé les pêcheurs ultramarins dans une impasse, les privant de toute possibilité concrète d’accéder aux aides publiques. En corrigeant le tir, Bruxelles admet que l’uniformité réglementaire a nui à des territoires pourtant pleinement français et stratégiques pour l’Union. Une reconnaissance tardive, mais nécessaire, des spécificités économiques et géographiques des Outre-mer.

Younous Omarjee, vice-président du Parlement européen, salue ce qu’il qualifie de « pas dans la bonne direction », tout en soulignant la responsabilité désormais directe de l’État français. Car sans transmission rapide des rapports attendus et sans validation opérationnelle des dispositifs d’aide, cette avancée restera lettre morte. Les pêcheurs n’ont pas besoin de déclarations politiques supplémentaires, mais de financements concrets et mobilisables.

Au-delà de la pêche, cette décision rappelle un enjeu fondamental : les Outre-mer ne peuvent plus être traités comme des variables d’ajustement technocratiques. Adapter les règles européennes aux réalités ultramarines, ce n’est pas accorder des privilèges, mais garantir l’égalité économique au sein de la République et renforcer la souveraineté française dans ses espaces maritimes. Reste désormais à transformer cette inflexion réglementaire en résultats tangibles sur le terrain.

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