Le Sénat a adopté, jeudi 29 janvier, une proposition de loi visant à lever l’interdiction de recherche et d’exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer. Le texte, voté par 227 voix contre 105, entend rouvrir des perspectives énergétiques et économiques, notamment autour du pétrole en Guyane et du gaz dans le canal du Mozambique, au large de Mayotte.

Portée par le groupe macroniste RDPI, avec le soutien actif de plusieurs sénateurs ultramarins, la proposition de loi s’attaque directement à l’héritage de la loi Hulot de 2017, qui avait acté la fin progressive de l’exploitation d’hydrocarbures sur le territoire français. Pour ses promoteurs, cette interdiction a été vécue dans les Outre-mer comme une décision imposée depuis Paris, sans compensation réelle ni stratégie crédible de rattrapage économique.

Au Sénat, les élus favorables au texte ont insisté sur l’enjeu de souveraineté énergétique, dans un contexte international instable. Ils ont également rappelé que les territoires ultramarins demeurent fortement dépendants des importations d’énergies fossiles.

Le sénateur mahorais Thani Mohamed Soilihi a ainsi souligné que Mayotte dépend encore à 95 % d’énergies fossiles importées, tout en affichant un taux de pauvreté très élevé. Pour lui, il ne s’agit pas de nier le changement climatique, mais de refuser une forme de condamnation économique durable des Outre-mer.

La loi Hulot contestée, le gouvernement reste réservé

Auteur de la proposition de loi, le sénateur guyanais Georges Patient a dénoncé un “double discours” qui, selon lui, fragilise les territoires ultramarins sans réduire réellement la dépendance française aux hydrocarbures. Il a également mis en avant le poids des importations, évaluées à 57,8 milliards d’euros, pour justifier la nécessité de rouvrir le débat.

Le rapporteur du texte, Vincent Louault, a renchéri en jugeant l’initiative de 2017 inefficace sur le plan diplomatique, estimant qu’aucun grand producteur mondial n’a suivi la France dans cette démarche.

Malgré cette dynamique parlementaire, le gouvernement a maintenu une position défavorable. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a qualifié le texte “d’anachronique”, rappelant la baisse continue de la production pétrolière française depuis les années 1980 et l’absence d’exploitation offshore dans les eaux nationales.

Fait notable, Annick Girardin, ancienne ministre des Outre-mer et désormais sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, s’est également opposée au texte. Elle a toutefois reconnu l’échec politique des promesses de 2017, notamment l’absence de véritable soutien économique durable aux territoires concernés.

Dans les débats, l’exemple guyanais a concentré l’essentiel des échanges, tant il cristallise les tensions entre développement économique et exigences environnementales. Les associations écologistes, nationales comme locales, ont réaffirmé leur opposition, évoquant des risques majeurs pour les écosystèmes et dénonçant des retombées économiques jugées incertaines.

Adoptée en première lecture, la proposition de loi devra désormais affronter l’épreuve de l’Assemblée nationale, où la gauche est plus influente et où le rapport de forces apparaît plus incertain.

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