Une nouvelle drogue de synthèse circule désormais en Polynésie française, jusque dans les collèges et lycées. Le PTC, surnommé “Pète ton crâne”, est consommé via des cigarettes électroniques et inquiète fortement les acteurs de l’éducation et de la prévention, alors même que le cadre juridique autour du vapotage a été récemment fragilisé.
Selon la fédération citoyenne polynésienne de lutte contre les drogues et la toxicomanie, cette substance à base de cannabinoïdes de synthèse est apparue au fenua il y a plusieurs semaines. Présentée sous forme de liquide pour vapoteuses, elle imite les effets du THC tout en exposant les consommateurs à des risques sanitaires majeurs. Sa diffusion rapide s’explique par la banalisation de la cigarette électronique chez les plus jeunes, parfois dès l’âge de 11 ans, et par la facilité avec laquelle ces produits entrent dans les établissements scolaires.
Dans plusieurs collèges et lycées, des élèves reconnaissent que les vapoteuses sont dissimulées et introduites clandestinement. Ce phénomène, loin d’être marginal, alerte les chefs d’établissement, qui constatent une consommation installée de longue date chez certains adolescents. À 15 ans, certains élèves vapotent déjà depuis plusieurs années, révélant un échec collectif en matière de prévention et de contrôle.
Un recul réglementaire qui fragilise la protection des mineurs
Face à cette dérive, certains établissements ont pris leurs responsabilités en interdisant strictement les cigarettes électroniques dans leur enceinte, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion temporaire. Mais ces efforts locaux se heurtent à un signal politique jugé désastreux par les acteurs de terrain. Fin décembre, le Conseil d’État a annulé l’interdiction du vapotage à Tahiti, une décision perçue comme un grave recul dans la lutte contre les addictions.
Pour les associations de prévention, cette levée d’interdiction revient à ouvrir la porte à des substances encore plus dangereuses que le tabac traditionnel. Le vapotage, initialement conçu comme un outil de sevrage pour adultes, devient un vecteur privilégié de drogues de synthèse auprès des mineurs. Dans un territoire déjà confronté à la circulation de l’ice et à une hausse des violences liées aux stupéfiants, ce relâchement normatif apparaît irresponsable.
L’État, de son côté, renforce l’arsenal répressif là où il le peut. Le haut-commissaire de la République a récemment prononcé de nouvelles interdictions administratives de paraître à Punaauia et Arue, après Mahina et Faa’a, afin de démanteler les points de deal et rétablir l’ordre public. Ces mesures, prévues par la loi narcotrafic de juin 2025, traduisent une volonté claire de reprendre le contrôle du terrain.
Mais la lutte contre la drogue ne peut se limiter à la répression. Elle suppose aussi une ligne politique ferme, cohérente et assumée, en particulier lorsqu’il s’agit de protéger la jeunesse. En laissant prospérer des zones grises juridiques autour du vapotage, la Polynésie prend le risque de voir s’installer durablement de nouvelles drogues dans ses écoles. Un renoncement que les familles et les enseignants pourraient payer au prix fort.




