En Polynésie française, l’urbanisme se heurte de plus en plus au réel. Sur les 48 communes du territoire, seules trois disposent aujourd’hui d’un plan de prévention des risques naturels approuvé. Pour toutes les autres, les décisions reposent sur des cartographies d’aléas. Depuis novembre 2024, ces cartes intègrent aussi les risques de submersion marine et d’inondation, avec une conséquence immédiate : de nombreuses habitations et parcelles du bord de mer se retrouvent classées en zone rouge, rendant certains projets très difficiles, voire impossibles.

Entre zones bleues et zones rouges, des propriétaires bloqués

Tunui, propriétaire terrien, en fait l’expérience depuis plus d’un an. Sur sa terre familiale, il souhaite construire deux maisons pour lui et ses enfants, mais la cartographie des risques complique tout : sa parcelle se situe entre une zone bleue et une zone rouge, et un seul permis de construire lui a été accordé. Un architecte souligne pourtant que le terrain se trouve à environ 130 mètres du rivage. Résultat, le projet doit être revu, encore, notamment pour répondre aux exigences liées à l’assurance et à l’implantation des bâtiments.

À Hitiaa, une autre situation illustre la même dérive : un terrain vendu il y a près de trois ans est désormais classé en zone rouge. La nouvelle propriétaire s’est vu refuser son permis, avant de mandater un bureau d’études en novembre 2025. Le diagnostic conclut que le projet est conforme et compatible avec les objectifs de la Direction de la construction et de l’aménagement, ouvrant la possibilité d’un nouveau dossier.

Pour les professionnels, ces classements ont des effets directs sur le marché. Le président de la Fédération polynésienne des agents immobiliers le rappelle : un terrain en zone rouge se vend plus difficilement. À ce jour, seules Punaauia, Rurutu et Rimatara disposent d’un PPRN approuvé. Pour le reste, les habitants doivent composer avec des cartes d’aléas qui changent la donne, sans toujours offrir de lisibilité, ni de sécurité juridique. Contacté, le service de l’urbanisme n’a pas souhaité s’exprimer.

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