Le Département-Région de Mayotte pourrait reprendre la gestion du port de Longoni dès septembre 2026 en créant un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Cette option, présentée cette semaine à l’Assemblée de Mayotte, viserait à assurer une transition maîtrisée après la fin annoncée de la délégation de service public (DSP) confiée à Mayotte Channel Gateway, en attendant la transformation du port en “grand port maritime” sous l’autorité de l’État.

La perspective est directement liée à une décision du tribunal administratif de Mayotte, qui a ordonné en juin 2025 la résiliation de la DSP. Si la société Mayotte Channel Gateway a fait appel, l’échéance de septembre 2026 oblige la collectivité à anticiper une solution crédible, opérationnelle et juridiquement solide. Car Longoni n’est pas un équipement secondaire : c’est l’infrastructure vitale de l’île, par laquelle transitent plus de 100 000 conteneurs chaque année.

L’idée défendue par le rapport présenté mardi est de créer un EPIC, c’est-à-dire une structure publique autonome, dédiée au fonctionnement du port, disposant de sa propre gouvernance et de capacités de gestion adaptées à une activité commerciale. Un modèle inspiré notamment du port de Sète, géré par un EPIC mis en place par la Région Occitanie. Pour les élus mahorais, l’intérêt est double : reprendre le contrôle sans improvisation, tout en évitant les complications juridiques et financières qu’impliquerait un arrêt brutal d’exploitation au moment d’un transfert vers l’État.

Une transition sous pression, dans un calendrier serré

Le principal obstacle identifié est le temps. Mettre en place un EPIC en quelques mois suppose de créer une organisation complète : rédaction des statuts, installation d’un conseil d’administration présidé par la collectivité, intégration des acteurs portuaires, définition des responsabilités, notamment en matière de manutention et d’exploitation. Il faut aussi constituer une équipe capable de reprendre immédiatement la gestion après le départ de Mayotte Channel Gateway.

Autrement dit, la collectivité ne doit pas seulement décider d’un nouveau statut : elle doit reconstruire une capacité de pilotage et de gestion d’un outil stratégique, sans rupture de service. Or, dans un territoire déjà confronté à des fragilités structurelles majeures, un dysfonctionnement du port aurait des conséquences directes sur les prix, l’approvisionnement et la stabilité économique.

DSP provisoire ou EPIC : deux options, deux logiques

Une autre piste avait été étudiée : la mise en place d’une DSP provisoire de trois ans. Elle aurait permis de déléguer à nouveau l’exploitation tout en garantissant à la collectivité une redevance importante, aujourd’hui estimée à environ dix millions d’euros. Mais ce scénario posait aussi des difficultés lourdes : temps nécessaire pour rédiger un cahier des charges solide, risque d’abus de position dominante, relance d’un marché public complexe, et surtout impossibilité de modifier le statut du port pendant la durée du contrat.

Dans ce contexte, l’EPIC apparaît comme une solution de reprise en main plus directe, plus politique, et plus cohérente avec l’objectif affiché : préparer un transfert futur vers l’État sans enfermer Mayotte dans un nouveau contrat rigide.

Pour le Département-Région, l’enjeu dépasse la seule gouvernance administrative. Il s’agit de garantir que Longoni reste un outil de souveraineté économique locale, piloté avec sérieux, dans l’intérêt des Mahorais, et dans l’attente d’une clarification de l’État sur le calendrier du futur grand port maritime.

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