Après dix jours d’audience, le tribunal correctionnel de Fort-de-France a rendu son jugement, mardi 10 février, dans l’affaire dite des « Grands Frères », dossier emblématique né de la crise sociale de novembre 2021 en Guadeloupe, sur fond de contestation de l’obligation vaccinale.
Le verdict est très largement en rupture avec l’image initiale d’un “réseau” structuré : la juridiction a prononcé une relaxe générale pour l’infraction centrale d’« association de malfaiteurs en vue d’extorsion », estimant qu’il n’existait pas d’« entente caractérisée ».
Conséquence directe de cette décision, six personnes ressortent totalement blanchies : David Abdoul, Michel Corvo, Christelle Daumont, Didier Dyvrande, Ludovic Tolassy et Sylvain Fostin. Le tribunal a toutefois retenu plusieurs infractions connexes et prononcé des peines jugées significatives, notamment : Didier Laurent, policier, condamné à deux ans de prison, avec interdiction définitive d’exercer. Noël Daufour condamné à un an d’emprisonnement pour association de malfaiteurs liée à l’entrave à la circulation d’un aéronef, tout comme Samuel Crail et Cédric Vallier, ce dernier assorti d’une interdiction de port d’arme de quinze ans.
Loïc Chenilco condamné à huit mois avec sursis. Frédéric Dumesnil condamné à six mois avec sursis. Pascal Baclet condamné à six mois avec sursis pour détention d’arme.
À la sortie de l’audience, Noël Daufour a fait part d’un sentiment d’injustice, rappelant qu’il avait passé près de trois ans en détention provisoire, et annonçant étudier la possibilité de faire appel. Il a également dénoncé le décalage entre les accusations initiales et la décision rendue.
Tout au long de la procédure, la défense a dénoncé une instrumentalisation politique visant à neutraliser des figures de médiation issues des quartiers populaires. Le parquet, de son côté, soutenait l’idée d’un groupe ayant profité du chaos des barrages pour exercer une influence et tenter d’obtenir des avantages.
Au final, le tribunal tranche : pas de “bande organisée” au sens de l’extorsion, mais des responsabilités pénales individuelles maintenues sur certains faits précis.




