Le procès dit des « grands frères » s’est ouvert ce lundi matin au tribunal correctionnel de Fort-de-France. Délocalisée de Guadeloupe pour des raisons de sécurité, cette audience très attendue met en cause treize prévenus poursuivis pour des faits graves commis lors des violences de l’hiver 2021-2022. Pendant douze jours, la justice devra faire toute la lumière sur une affaire emblématique des dérives qui ont frappé l’archipel.
Douze hommes et une femme comparaissent pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de délits. Les faits reprochés se seraient déroulés entre novembre 2021 et janvier 2022 à Pointe-à-Pitre, Baie-Mahault, Petit-Bourg et aux Abymes, en pleine période de troubles marquée par des blocages, des incendies et des atteintes répétées aux biens publics et privés. Le procès a été transféré en Martinique afin de garantir la sérénité des débats et la sécurité de tous, signe de la gravité du dossier.
Des faits lourds et un dossier sensible
Au cœur des poursuites figurent notamment l’incendie du bâtiment du service pénitentiaire d’insertion et de probation à Pointe-à-Pitre, des projets visant la sous-préfecture de la ville et l’hypothèse d’une intrusion sur les pistes de l’aéroport Maryse-Condé. L’enquête repose en grande partie sur des interceptions téléphoniques, que la défense entend contester, évoquant des traductions approximatives du créole vers le français et dénonçant un procès à caractère politique.
Ces arguments devront être examinés avec rigueur par le tribunal, sans jamais perdre de vue l’essentiel : des faits de violence organisée, dirigés contre les institutions de la République et l’activité économique, ont profondément marqué la Guadeloupe et fragilisé la cohésion sociale.
Rétablir l’autorité et refuser l’impunité
Pour les parties civiles, ce procès dépasse largement le sort individuel des prévenus. Il s’agit d’un moment de vérité pour rappeler que nul ne peut se placer au-dessus des lois. Maître Alain Roth, avocat notamment de la société Autoguadeloupe, victime de nombreuses dégradations en décembre 2021, évoque une société en perte de repères et appelle à un sursaut collectif afin de mettre fin à une spirale de violences qui nuit durablement à l’image et au développement du territoire.
Dans un contexte où certains tentent encore de justifier les exactions par un discours victimaire ou militant, l’audience de Fort-de-France apparaît comme un rappel salutaire des principes fondamentaux de la République. La Guadeloupe, comme l’ensemble des Outre-mer, a besoin de stabilité, de sécurité et d’un État ferme dans l’application de la loi. Les peines encourues, pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement, traduisent l’importance de l’enjeu.
Le verdict est attendu à l’issue de ces deux semaines d’audience, très suivies tant par les acteurs institutionnels que par une population en attente de justice et d’ordre public rétabli.




