La Sécurité routière vient d’officialiser une nouvelle mesure : lorsqu’un automobiliste sera flashé par un radar pour un excès de vitesse de plus de 50 km/h, le fichier des véhicules assurés (FVA) sera automatiquement interrogé afin de vérifier si le conducteur est bien couvert. À La Réunion, cette annonce suscite des réactions contrastées, entre satisfaction prudente et frustration face à une réforme jugée incomplète.
Le principe est simple : en cas de très grand excès de vitesse, désormais considéré comme un délit, les radars ne se limiteront plus à relever la vitesse. Ils déclencheront aussi un contrôle automatique de l’assurance, via le fichier national recensant les véhicules assurés. Une extension technologique qui vise directement la non-assurance, qualifiée de « fléau » par les autorités, notamment parce qu’elle aggrave considérablement les conséquences humaines et financières des accidents.
La Ligue contre les violences routières, par la voix de sa secrétaire départementale Magalie Cesbron, regrette toutefois une réforme qui « ne va pas au bout de sa démarche ». Son reproche est clair : pourquoi limiter ce contrôle à une seule catégorie d’infractions, alors qu’un défaut d’assurance peut être tout aussi dramatique à 80 km/h qu’à 150 ? Pour l’association, la logique voudrait que la vérification soit systématique dès qu’un véhicule est flashé, quelle que soit la vitesse enregistrée.
Une mesure utile, mais qui laisse intact le cœur du problème
Malgré ses réserves, Magalie Cesbron reconnaît que ce dispositif pourrait réduire le nombre de dossiers d’accidents impliquant des conducteurs non assurés. Et sur ce point, la réalité réunionnaise est préoccupante : selon James Huet, président du comité des assureurs Réunion-Mayotte, environ 10% des conducteurs rouleraient sans assurance sur l’île, soit un automobiliste sur dix. Une proportion massive, confirmée sur le terrain par les contrôles : rien qu’en janvier, 65 défauts d’assurance ont été constatés lors d’opérations menées le week-end.
Derrière ces chiffres, l’enjeu est surtout celui des victimes. Lorsqu’un conducteur sans assurance provoque un accident, les familles se retrouvent souvent doublement frappées : par le drame humain, mais aussi par l’absence d’indemnisation ou de réparation, pourtant essentielle pour reconstruire une vie après un choc. Ce sont des situations où l’irresponsabilité d’un seul individu peut précipiter une famille entière dans une spirale financière et sociale.
Une réponse répressive assumée, au nom de la responsabilité
Le dispositif s’appuie aussi sur un constat largement partagé : les conducteurs non assurés seraient plus enclins aux comportements dangereux. Magalie Cesbron souligne qu’une personne qui prend le volant sans assurance, parfois sans permis ou sans contrôle technique, a déjà franchi plusieurs lignes rouges. La Sécurité routière cite d’ailleurs l’ONISR : un conducteur non assuré présenterait un risque quatre fois plus élevé d’être responsable d’un accident mortel.
En cas de cumul entre très grand excès de vitesse et défaut d’assurance, la sanction annoncée est lourde : 3 750 euros d’amende, en plus des peines liées à l’excès de vitesse. En récidive, l’amende peut grimper à 7 500 euros. Et comme la conduite sans assurance est un délit, des mesures complémentaires peuvent être prononcées : annulation du permis, confiscation du véhicule, interdiction de repasser le permis.
Sur un territoire où l’insécurité routière reste un sujet majeur, la mesure a le mérite de rappeler une évidence trop souvent oubliée : l’assurance n’est pas une option. C’est une obligation légale, mais surtout un devoir élémentaire de responsabilité envers les autres. Reste que, pour beaucoup à La Réunion, l’État donne ici le sentiment de vouloir frapper fort… mais seulement quand l’infraction est déjà extrême.




