La France s’est dotée, fin décembre, d’un registre national des cancers, un tournant majeur pour la lutte contre une pathologie qui touche chaque année des centaines de milliers de Français, y compris dans les Outre-mer. Piloté par l’Institut national du cancer (INCa), ce dispositif vise à centraliser et croiser l’ensemble des données existantes afin de disposer, enfin, d’une vision complète, fiable et territorialisée de la réalité des cancers sur le territoire national.
Jusqu’à présent, l’État devait composer avec une mosaïque de registres partiels, couvrant moins d’un quart de la population et imposant des extrapolations fragiles. Une situation particulièrement pénalisante pour les territoires ultramarins, souvent absents des statistiques fines alors même qu’ils cumulent vulnérabilités sociales, contraintes d’accès aux soins et expositions environnementales spécifiques. Le nouveau registre ambitionne de corriger cette cécité administrative en intégrant données cliniques, biologiques, de soins et de dépistage, dans un cadre sécurisé et pseudonymisé.
Au-delà de l’outil technique, l’enjeu est politique et national. Mieux connaître l’incidence et la mortalité des cancers, c’est pouvoir cibler les politiques de prévention, objectiver les inégalités territoriales et orienter la recherche là où elle est réellement nécessaire. C’est aussi sortir d’une approche idéologique ou émotionnelle de la santé publique pour revenir à ce qui fonde l’action de l’État : des données solides, partagées, au service de l’intérêt général.
Dans un pays où certains instrumentalisent les inégalités sanitaires pour nourrir des discours de rupture ou de défiance envers la République, ce registre rappelle une évidence : la santé est un enjeu national, indivisible, qui concerne l’ensemble des Français, de l’Hexagone aux Outre-mer. Encore faudra-t-il que cet outil soit pleinement déployé, utilisé sans arrière-pensée politique et mis au service d’une égalité réelle d’accès aux soins, loin des postures et des effets d’annonce.




