Adoptée dans la nuit du 26 au 27 janvier à l’Assemblée nationale, une proposition de loi prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec une mise en œuvre progressive à partir de la rentrée 2026. Présentée comme une réponse aux dérives numériques et à la dégradation de la santé mentale des adolescents, la mesure suscite en Guadeloupe des réactions contrastées : entre approbation de principe et scepticisme sur son application réelle.
Devant les lycées Jardin d’Essais et Chevalier de Saint-Georges, aux Abymes, nombre de parents se disent favorables à un durcissement. Pour eux, l’enjeu est simple : trop de contenus circulent sans filtre, parfois choquants, parfois sexualisés, parfois violents. Certains réclament un encadrement strict, estimant qu’un enfant ne devrait pas être exposé trop tôt à ce type d’univers.
Mais derrière ce soutien, une inquiétude revient constamment : la réalité du contrôle. Beaucoup de parents reconnaissent qu’ils n’ont ni le temps, ni les moyens techniques, ni parfois l’autorité suffisante pour surveiller en permanence l’usage du téléphone. L’addiction à l’écran, la pression du groupe et la multiplication des plateformes rendent la tâche quasi impossible au quotidien.
Interdire ou encadrer : le vrai débat
Dans les discussions, une nuance apparaît clairement : plusieurs parents préfèrent un contrôle parental renforcé à une interdiction pure et simple. Selon eux, les réseaux sociaux font désormais partie de la génération des adolescents, et l’interdiction risque d’être contournée ou de déplacer le problème ailleurs.
Ils plaident plutôt pour des règles familiales claires, un suivi des contenus consultés, et surtout une responsabilisation : l’enfant doit savoir qu’il peut être contrôlé, et que l’accès à Internet n’est pas un droit illimité mais un outil à encadrer.
Des lycéens partagés, entre lucidité et pragmatisme
Chez les lycéens, le constat est loin d’être naïf. Certains admettent que l’exposition trop précoce peut avoir des effets négatifs, notamment à cause de contenus inadaptés ou de risques de manipulations et de mauvaises rencontres en ligne.
Mais d’autres se montrent plus sceptiques sur l’efficacité de la loi. Leur argument est simple : l’âge se falsifie en quelques secondes. Beaucoup estiment qu’une interdiction administrative ne changera pas grand-chose si la technologie permet de la contourner aussi facilement.
Enfin, plusieurs jeunes rappellent que les réseaux sociaux ne servent pas uniquement au divertissement. Ils évoquent aussi leur utilité pour s’informer, apprendre, réviser ou accéder à des contenus éducatifs. Pour eux, l’enjeu n’est pas de bannir, mais d’apprendre à utiliser.
Au final, en Guadeloupe comme ailleurs, cette proposition de loi apparaît comme une mesure symboliquement forte, mais dont l’efficacité dépendra d’un point central : la capacité réelle à faire appliquer la règle et à restaurer une autorité éducative, d’abord dans les familles, ensuite à l’école, enfin dans l’espace numérique.




