Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a adopté, mercredi 18 février, un avant-projet de loi du pays visant à réformer en profondeur le système de retraites, jugé au bord de la rupture. Parmi les mesures phares : le passage progressif de 37 à 39 années de cotisation d’ici 2030, la création d’une seconde tranche de cotisation pour les hauts revenus, et l’alignement progressif de la CCS des retraités sur celle des salariés, à 3 % d’ici 2028.
Le constat dressé par l’exécutif est brutal. Selon le porte-parole du gouvernement Christopher Gygès, le système est fragilisé à la fois par le vieillissement de la population et par la crise économique consécutive aux émeutes, qui auraient entraîné la perte de 10 000 emplois salariés. La Cafat aurait même alerté sur un risque de cessation de paiements du régime privé dès le mois de juin.
Pour éviter l’effondrement immédiat, l’État aurait accordé une dotation exceptionnelle de 15,4 milliards de francs destinée aux comptes sociaux, dont 7 milliards pour les retraites du secteur privé. Mais le gouvernement estime que ce soutien ne peut être qu’un sursis : une réforme structurelle est présentée comme incontournable.
La première mesure concerne la durée de cotisation, qui augmenterait progressivement de 37 à 39 ans, sans toucher à l’âge légal de départ, maintenu à 62 ans. Cette hausse serait étalée jusqu’en 2030, à raison de six mois supplémentaires par an sur quatre ans. Une logique assumée par l’exécutif : « on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps ».
Plus de contribution des hauts revenus et ouverture aux indépendants
Le texte prévoit aussi la création, dès 2027, d’une seconde tranche de cotisation pour les revenus supérieurs au plafond actuel, fixé à 548 000 francs mensuels. Le seuil exact n’est pas encore arrêté : le gouvernement évoque deux options, à partir de 500 000 francs ou dès 300 000 francs. Les discussions se poursuivent avec les partenaires sociaux.
Une autre disposition vise à instaurer une durée minimale de 15 années de cotisation pour pouvoir partir avec une retraite pleine avant 65 ans. En dessous de ce seuil, des abattements seraient appliqués. L’objectif affiché est d’éviter des départs précoces insuffisamment financés dans un système déjà en déficit.
Le projet introduit également un changement notable pour les travailleurs indépendants. Jusqu’ici, un patenté devait justifier de cinq années en tant que salarié pour pouvoir cotiser au régime retraite du privé. Ce verrou sauterait : tout patenté pourrait désormais adhérer volontairement, sans condition préalable. Une mesure qui élargit la base de cotisants et répond à une réalité économique locale où l’activité indépendante est très répandue.
Hausse de la CCS des retraités : un choix politique explosif
Enfin, l’un des points les plus sensibles concerne la contribution calédonienne de solidarité (CCS). Actuellement, les salariés sont prélevés à 3 %, tandis que les retraités ne paient que 1,3 %. Le gouvernement veut aligner progressivement le taux des retraités sur celui des actifs, en augmentant de 0,6 % par an jusqu’en 2028 pour atteindre 3 %.
L’exécutif présente cette mesure comme une « solidarité intergénérationnelle » et une question d’équité : à revenu égal, actif ou retraité contribuerait au même niveau. Le gouvernement estime que cette hausse pourrait rapporter environ 1,36 milliard de francs par an, au bénéfice de la protection sociale.
Reste une réalité : dans un territoire déjà fragilisé, où les ménages subissent la crise et l’insécurité économique, demander davantage aux retraités sera politiquement explosif, même sous couvert de justice sociale.
L’avant-projet doit désormais être examiné par le Conseil d’État avant de revenir devant le gouvernement, puis d’être soumis au Congrès. Et Christopher Gygès prévient déjà : cette réforme ne sera pas la dernière. Une phrase qui résume à elle seule l’état du système : il est sauvé pour l’instant, mais loin d’être stabilisé.




