Infirmier en pratique avancée en néphrologie et figure reconnue de la musique urbaine guyanaise, Rhamsin mène depuis plus de vingt ans un double parcours exigeant. À l’occasion de la sortie de son nouveau clip Speed ce 15 janvier, Pascal Lecante de son vrai nom revient sur un itinéraire singulier, entre rigueur médicale, création artistique et regard lucide sur son époque.
Un parcours atypique entre hôpital et studio
Sa carrière musicale démarre en 2004 presque par hasard, tandis qu’il poursuit en parallèle ses études d’infirmier à Cayenne. Diplômé en 2006, il intègre immédiatement le service d’hémodialyse du centre hospitalier de Cayenne, où il exercera jusqu’en 2022 auprès de patients insuffisants rénaux. Depuis 2024, il est devenu le premier infirmier en pratique avancée spécialisé en néphrologie en Guyane, une fonction clé dans un territoire marqué par les difficultés d’accès aux soins. Il assure aujourd’hui le suivi de près d’une centaine de patients, contribuant à soulager la charge médicale dans un contexte de désert sanitaire.
Loin de s’opposer, ses deux univers se complètent. La discipline imposée par la pratique soignante nourrit son approche artistique, tandis que l’expérience d’artiste indépendant lui apporte des compétences en organisation et en gestion utiles à son activité professionnelle. Cette exigence l’a conduit à mettre sa musique entre parenthèses durant ses années de formation, avant d’opérer un retour réfléchi.
En 2025, Rhamsin surprend avec de nouveaux titres, dont Si a sa lanmou, puis Speed, qui ouvre une trilogie autobiographique intitulée Mo story. À travers ces morceaux, il explore les relations humaines, le monde du business et les désillusions, avec une démarche introspective assumée, loin des codes faciles.
Engagé auprès des jeunes depuis une dizaine d’années à travers des ateliers d’écriture et d’enregistrement, il observe avec bienveillance l’émergence d’un esprit entrepreneurial, tout en exprimant une inquiétude face à la banalisation de la violence dans certaines productions musicales. Selon lui, les messages véhiculés ne sont pas toujours sans conséquence pour des publics jeunes, encore en construction.
Sur l’intelligence artificielle, Rhamsin adopte une position mesurée, reconnaissant ses apports sans renoncer à ce qu’il juge essentiel. Pour lui, ni la musique ni le soin ne peuvent se passer de l’imperfection et de la présence humaine. Deux voies différentes, mais une même conviction, préserver ce qui fait l’homme.




