La filière rhum des Outre-mer traverse une zone de fortes turbulences. En 2025, les ventes dans l’Hexagone ont reculé de 5,6 %, poursuivant une chute entamée depuis quatre ans. En volume, le marché est revenu à son niveau de 2014, un signal d’alarme pour les distilleries de Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion, dont une large part de l’activité dépend encore du débouché métropolitain.

Ce recul n’est pas le fruit du hasard. Il reflète une mutation profonde des comportements, notamment chez les plus jeunes consommateurs. La génération Z boit moins d’alcool, se tourne vers des alternatives ou vers une consommation plus occasionnelle. Un changement sociétal que la filière ne peut ignorer, mais qui ne saurait justifier une fragilisation durable d’un pan entier de l’économie ultramarine, historiquement structurant et créateur d’emplois non délocalisables.

Face à cette réalité, les producteurs cherchent à s’adapter. La montée en gamme apparaît comme une voie stratégique : rhums vieux, cuvées premium, marchés de niche et collectionneurs. Une évolution cohérente, qui valorise le savoir-faire français et ultramarin face à une concurrence internationale agressive, souvent soutenue par des coûts de production plus faibles et des politiques commerciales offensives, notamment en Amérique latine.

Mais l’autre menace est clairement politique et fiscale. Les producteurs alertent sur la tentation récurrente d’aligner les accises du rhum ultramarin sur celles des autres spiritueux en métropole. Une telle décision alourdirait mécaniquement le prix des bouteilles de plusieurs euros, pénalisant directement la compétitivité d’un produit emblématique des territoires français d’Outre-mer. Ce serait une faute économique et stratégique, au moment même où la filière doit se transformer sans être affaiblie.

Le rhum n’est pas un produit comme un autre. Il incarne une histoire, une identité et un savoir-faire français reconnu à l’international. Laisser la fiscalité ou les accords commerciaux mal négociés fragiliser cette filière reviendrait à sacrifier une richesse nationale au nom d’une vision technocratique déconnectée des réalités ultramarines. La République doit choisir : accompagner l’adaptation ou organiser le déclin.

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