Six ans après la mort d’une femme de 38 ans attaquée par un requin-tigre à la baie Orientale, la cour administrative d’appel de Bordeaux a rejeté le recours de l’État. La Collectivité de Saint-Martin et l’État sont désormais condamnés solidairement à verser plus de 82 000 euros aux proches de la victime.
Le 10 décembre 2020, en début d’après-midi, une nageuse de 38 ans perd la vie à la baie Orientale de Saint-Martin, attaquée par un requin-tigre à environ 150 mètres du rivage. Le rapport d’autopsie établit qu’elle a eu une jambe sectionnée et a subi de multiples morsures. Elle évoluait dans un secteur non surveillé, mais où la baignade n’était pas interdite. Il aura fallu près de six ans de procédure pour que la justice tranche définitivement.
Le 14 septembre 2026, la cour administrative d’appel de Bordeaux a rejeté la requête du ministère de l’Intérieur, qui demandait un sursis à l’exécution du jugement rendu le 21 mai 2026 par le tribunal administratif de Saint-Martin. L’État contestait le montant des indemnités et le nombre de bénéficiaires, invoquant un risque de « perte définitive » des sommes versées. La cour a jugé les montants « relativement modestes » et a débouté le ministère.
La question des responsabilités était au cœur du litige. En droit, la police des baignades jusqu’à 300 mètres du rivage relève de la Collectivité, qui doit signaler les dangers excédant ceux auxquels un baigneur normalement prudent peut s’attendre. En cas de carence, il appartient au préfet de prendre le relais. Seize membres de la famille de la victime avaient déposé deux requêtes devant le tribunal administratif, en septembre 2024 puis en mai 2025, réclamant 268 000 euros. Ils reprochaient à la Collectivité des « carences fautives » et à l’État de ne pas avoir pallié ces manquements, lui imputant également la création d’une réserve naturelle protégeant les requins dans des eaux ouvertes à la baignade.
Le tribunal administratif de Saint-Martin a retenu que la présence de requins dans les eaux saint-martinoises était connue et suivie depuis 2011. Surtout, la dépouille d’un requin-tigre femelle avait été découverte sur une autre plage deux jours avant le drame. Malgré ce signal d’alerte, aucune communication sur le danger n’avait été diffusée, aucun dispositif d’éloignement des prédateurs n’avait été mis en place et aucune restriction de baignade n’avait été prononcée. Un arrêté d’interdiction n’a finalement été adopté qu’après l’attaque, pour quelques jours seulement.
Le tribunal a toutefois reconnu une part de responsabilité à la victime elle-même, nageuse expérimentée et consciente des risques, qui s’était baignée dans une eau trouble. Cette imprudence a conduit à exonérer la Collectivité et l’État de 10 % de leur responsabilité. La condamnation solidaire porte sur 40 500 euros au titre des souffrances endurées par la victime et 42 300 euros pour le préjudice d’affection subi par les demandeurs, auxquels s’ajoutent les frais de justice. Le rejet du recours de l’État par la cour de Bordeaux, confirmé par le tribunal administratif de Basse-Terre, rend ce jugement exécutoire.



