L’alerte lancée cette semaine par la sénatrice Annick Girardin sur l’avenir de l’espace aérien de Saint-Pierre-et-Miquelon a mis en lumière une question sensible, à la fois technique et hautement politique. Derrière des ajustements administratifs présentés comme anodins, se profile le risque d’un affaiblissement concret de la présence et de l’autorité françaises dans une zone stratégique de l’Atlantique Nord.
C’est au Sénat que l’ancienne ministre des Outre-mer a interpellé le gouvernement, évoquant des informations faisant état de discussions engagées avec le Canada sur une éventuelle évolution de la gestion du ciel de l’archipel. Si aucun transfert formel n’est acté à ce stade, la perspective d’un désengagement partiel de la France suscite une inquiétude légitime, tant à Saint-Pierre-et-Miquelon que parmi les défenseurs de la souveraineté nationale.
Un contrôle aérien déjà partiellement partagé
L’espace aérien de Saint-Pierre-et-Miquelon est organisé selon une logique à la fois géographique et verticale. Les altitudes les plus basses sont aujourd’hui contrôlées localement par les services français, tandis que les niveaux supérieurs, au-delà de 6 000 pieds, sont déjà pris en charge par le centre canadien de Gander. Cette coopération internationale, ancienne et encadrée, répond à des impératifs de sécurité et de fluidité du trafic aérien.
Le point de crispation concerne désormais la zone intermédiaire dite d’approche, cruciale pour les phases sensibles de décollage et d’atterrissage. Un éventuel transfert de sa gestion au Canada ne serait pas neutre. S’il pouvait entraîner des économies budgétaires ou une réorganisation des compétences de la Direction générale de l’aviation civile, il signifierait surtout une réduction tangible du périmètre aérien directement contrôlé par la France.
Une question stratégique et symbolique pour la France
Au-delà des aspects techniques, l’enjeu est éminemment politique. Pour Annick Girardin, confier la gestion du ciel à un État tiers constituerait un précédent dangereux. Dans une région où la France dispose déjà d’un territoire réduit, chaque renoncement, même administratif, affaiblit sa position stratégique. La sénatrice rappelle que l’archipel porte encore les stigmates du moratoire de 1992 sur la pêche à la morue, qui s’était traduit par une perte majeure d’influence maritime face au Canada.
Cette vigilance s’inscrit aussi dans une perspective internationale. À moyen terme, la France doit défendre devant les Nations unies la demande d’extension du plateau continental de Saint-Pierre-et-Miquelon. Dans ce contexte, maintenir un contrôle plein et entier de l’espace aérien apparaît comme un élément de crédibilité et de cohérence géopolitique.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a tenté de rassurer en affirmant qu’aucun abandon de souveraineté n’était envisagé. Reste que la sénatrice dénonce un traitement administratif du dossier sans arbitrage interministériel, révélateur d’une légèreté préoccupante sur un sujet régalien. Pour l’archipel comme pour l’État, l’enjeu est clair : la souveraineté française ne se gère pas à la marge. Elle se défend, y compris dans le ciel.




