Dans l’archipel, l’eau en bouteille est devenue un réflexe de masse. En 2025, près de 800 000 kilos d’eau ont été importés, soit environ 136 litres par personne, un niveau supérieur à celui observé dans l’Hexagone. Derrière ce chiffre, une réalité simple, l’eau en bouteille est entrée dans les habitudes, au point d’être perçue comme une option plus sûre, plus agréable, parfois même plus “naturelle”.

Goût, confiance et marketing, les raisons d’un choix devenu automatique

Dans les rayons, les consommateurs évoquent d’abord le goût. Beaucoup disent boire peu d’eau du robinet, par habitude ou par méfiance. À cela s’ajoute un marketing industriel puissant qui valorise l’eau de source comme plus pure et moins polluée, alors même que l’emballage plastique est l’un des moteurs majeurs de la pollution moderne.

Certes, l’archipel trie beaucoup. Les points d’apport volontaires et la généralisation du tri améliorent la collecte. Mais le recyclage reste limité. Une bouteille ne se recycle pas à l’infini et finit toujours par devenir un déchet, parfois brûlé faute de filière de valorisation suffisante. Autrement dit, même quand le geste de tri est respecté, la montagne de plastique continue de peser sur l’environnement local.

Le risque n’est pas seulement écologique. Il est aussi sanitaire. La fragmentation du plastique libère des micro et nanoplastiques, retrouvés en très grand nombre dans l’eau en bouteille. Des analyses ont déjà montré la présence fréquente de microplastiques dans des eaux vendues comme “minérales” ou “de source”, avec une contamination attribuée notamment à la bouteille et au bouchon.

Les chercheurs s’y intéressent de plus en plus. Des travaux récents examinent l’impact potentiel de ces particules sur l’intestin et le microbiote. Des observations expérimentales font état d’altérations de la barrière intestinale et de modifications de l’équilibre bactérien, des signaux à prendre au sérieux même si les résultats ne peuvent pas être transposés mécaniquement à l’humain. Le sujet avance, et le doute ne profite pas au consommateur.

À Saint Pierre et Miquelon, la perception du réseau d’eau potable joue un rôle, tout comme le coût, environ 0,90 euro la bouteille la moins chère, un budget qui grimpe vite à l’échelle d’une famille. Les systèmes filtrants, carafes ou équipements domestiques gagnent du terrain car ils réduisent les déchets, limitent l’exposition au plastique et allègent la facture.

L’enjeu dépasse la simple préférence de goût. La bouteille est devenue une solution de confort, mais elle installe une dépendance coûteuse, polluante et de plus en plus questionnée sur le plan sanitaire.

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