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Annoncée à l’automne par le Premier ministre Sébastien Lecornu, la réforme des Agences régionales de santé suscite de fortes réactions dans l’Hexagone et une vigilance particulière en Martinique. Si l’exécutif défend une reprise en main par l’État et les territoires, le projet continue de cristalliser oppositions et interrogations, notamment sur la gouvernance et le financement du système de santé.

C’est lors des Assises des départements de France, le 14 novembre dernier à Albi, que le chef du gouvernement a relancé le dossier. Pour Sébastien Lecornu, l’organisation actuelle des ARS montre ses limites, mises en lumière depuis la crise du Covid-19. L’exécutif souhaite désormais confier leur pilotage aux préfets, représentants directs de l’État, en lien avec les collectivités départementales, déjà fortement impliquées dans les politiques de santé de proximité.

L’objectif affiché est clair : renforcer l’efficacité de l’action publique, éviter les lourdeurs technocratiques et rapprocher les décisions des réalités du terrain. Dans cette logique, les ARS ne relèveraient plus directement du ministère de la Santé mais d’une tutelle préfectorale. En Martinique, la compétence serait partagée entre la préfecture et la Collectivité territoriale de Martinique, dans un cadre institutionnel clarifié.

Des résistances corporatistes et des craintes financières

Sans surprise, le projet provoque une levée de boucliers chez plusieurs organisations syndicales du secteur hospitalier et médical, qui dénoncent un risque de fragmentation de la politique de santé et une prétendue politisation de la gestion. Des critiques qui traduisent aussi la crainte de voir disparaître un système largement centralisé et protégé.

En Martinique, l’ancien directeur de l’ARS, Christian Ursulet, se montre très réservé sur cette réforme. Il estime que les réorganisations successives du système de santé ont souvent échoué et redoute que l’État ne cherche avant tout à transférer des charges financières aux collectivités locales, sans leur donner les moyens correspondants.

Pour lui, la priorité devrait être une gouvernance plus ouverte et plus démocratique des ARS, avec un rôle accru des élus au sein des instances décisionnelles. Une position qui contraste avec celle de l’exécutif, attaché à une reprise d’autorité de l’État pour garantir l’unité, l’égalité d’accès aux soins et la cohérence nationale du système de santé.

À ce stade, aucune décision définitive n’a encore été arrêtée. La réforme reste en cours d’élaboration, mais elle illustre déjà un débat de fond : celui de l’équilibre entre décentralisation, efficacité administrative et maintien d’un État fort, garant de l’intérêt général, y compris dans les Outre-mer.

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