Face à la recrudescence des échouements de sargasses en Martinique et en Guadeloupe, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a été interpellée au Sénat par le sénateur martiniquais Frédéric Buval. Un dossier devenu emblématique des difficultés ultramarines : un fléau environnemental persistant, aux conséquences sanitaires, économiques et sociales lourdes, qui met à l’épreuve la capacité de l’État et des collectivités à agir de manière coordonnée et efficace.
La ministre a reconnu la gravité de la situation, évoquant une atteinte directe à la santé publique, à l’économie locale et au quotidien des familles. Elle a annoncé le lancement, « dans les prochaines semaines », d’une concertation pilotée par les préfets afin de préparer le futur plan Sargasses III. L’objectif affiché est clair : sortir d’une logique de réaction permanente pour bâtir une stratégie globale, allant de la détection en mer à la valorisation des algues, en passant par le ramassage, le stockage et surtout le volet sanitaire, trop longtemps relégué au second plan.
Si ces annonces marquent une prise de conscience bienvenue, elles soulignent aussi une réalité moins reluisante : depuis plus de dix ans, l’État peine à donner un cadre juridique clair aux sargasses. Ni véritablement déchets, ni ressources, ni espèces invasives reconnues, ces algues plongent les communes littorales dans une insécurité administrative et financière, freinant les investissements et laissant les riverains sans réponse assurantielle adaptée. Une situation qui nourrit la colère et alimente, parfois, des discours de défiance à l’égard de la République.
Pourtant, la voie est connue : seule une action pleinement assumée par l’État, en lien étroit avec les élus locaux, permettra de sécuriser les financements, d’indemniser les préjudices subis et de protéger durablement les populations. Les Outre-mer n’ont pas besoin de déclarations compassionnelles, mais d’une stratégie nationale ferme et lisible. Les sargasses ne sont pas un problème périphérique : elles rappellent que les enjeux ultramarins sont des enjeux français à part entière, qui appellent des réponses à la hauteur de l’unité nationale.




