Les échouements massifs de sargasses ne sont plus un épisode ponctuel mais une réalité durable pour les Antilles françaises. Depuis 2011, ces arrivages récurrents de macro-algues affectent durablement les littoraux de Martinique et de Guadeloupe. Face à l’ampleur du phénomène, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer a engagé, avec l’INSEE et l’Agence française de développement, une étude approfondie afin d’en mesurer les impacts économiques et financiers.

Des impacts sanitaires, économiques et budgétaires lourds

En 2025, environ 7 600 tonnes de sargasses ont été collectées en mer selon la Direction de la Mer. Près de 16 pour cent du littoral martiniquais et 12 pour cent du littoral guadeloupéen sont concernés. Les hypothèses avancées pour expliquer cette intensification évoquent notamment la modification des courants marins, le réchauffement des eaux et l’apport accru en nutriments liés à l’activité agricole. L’année 2026 pourrait s’annoncer précoce et intense, au regard des amas déjà observés dans l’Atlantique.

Les conséquences sont multiples. Sur le plan sanitaire, la décomposition des algues libère des gaz toxiques et des métaux lourds, dont l’arsenic, avec des effets documentés sur la santé des populations exposées. Les nuisances olfactives et la corrosion accélérée des équipements domestiques s’ajoutent aux difficultés quotidiennes des riverains. La dévalorisation immobilière dans les zones touchées devient une réalité tangible.

Le tissu économique est lui aussi fragilisé. Les établissements touristiques en bord de mer, les marins-pêcheurs et les activités nautiques subissent les effets directs des échouements. Si l’impact global sur l’attractivité touristique reste difficile à quantifier précisément, les professionnels constatent une perte d’activité dans les secteurs les plus exposés. Les communes, en première ligne, doivent mobiliser des moyens humains et investir dans des équipements coûteux pour la collecte et le stockage.

Depuis 2018, l’État a mis en place des plans successifs pour accompagner les collectivités. Le plan Sargasses II, doté de 36 millions d’euros sur la période 2022-2025 pour la Martinique, la Guadeloupe et les îles du Nord, a permis de financer barrages, équipements de collecte, stockage et études d’impact. Il a également conduit à la création d’un groupement d’intérêt public en Martinique et d’un syndicat dédié en Guadeloupe, afin de mieux coordonner l’action publique. Un plan Sargasses III est annoncé.

Au-delà de la gestion d’urgence, la question de la valorisation industrielle des sargasses reste ouverte. Des projets émergent, notamment dans la production d’engrais ou de biocarburants. Toutefois, les contraintes sanitaires liées à l’arsenic, les coûts logistiques élevés et la saisonnalité des arrivages freinent encore l’émergence de solutions économiquement viables à grande échelle.

Pour l’IEDOM, le sujet sargasses dépasse désormais la simple gestion environnementale. Il s’impose comme un enjeu économique, sanitaire et budgétaire majeur pour les Antilles françaises, nécessitant une action coordonnée, structurée et durable de l’ensemble des acteurs publics.

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