L’Ordre des avocats de Guadeloupe traverse une crise majeure après la révélation de placements financiers catastrophiques ayant conduit à un trou estimé à 24 millions d’euros au sein de la CARPA locale. Des fonds pourtant destinés à sécuriser l’argent des justiciables auraient été engagés sur des supports risqués, sans garanties solides. La Martinique serait touchée par un mécanisme similaire, à hauteur de 14 millions d’euros, donnant à cette affaire une dimension nationale qui dépasse largement le cadre ultramarin.

Malgré les assurances officielles du bâtonnier et de l’administrateur provisoire, qui parlent d’un simple « manque à gagner », les faits interrogent gravement. Comment une institution aussi sensible, pilier de la sécurité juridique, a-t-elle pu s’engager dans des choix financiers aussi hasardeux ? L’absence de transparence alimente la défiance, d’autant que les responsabilités internes décideurs, contrôleurs, intermédiaires financiers restent floues à ce stade.

La réponse apportée par la profession choque nombre d’avocats : une cotisation exceptionnelle imposée aux confrères, multipliée par près de sept, alors même que beaucoup dénoncent un déficit d’information et une gestion autoritaire de la crise. Plus préoccupant encore, les autres barreaux de France sont désormais appelés à contribuer à un fonds de solidarité nationale, faisant peser sur l’ensemble de la profession les conséquences d’erreurs locales manifestes.

Ce dossier illustre une dérive préoccupante : au nom d’une solidarité mal comprise, les fautes de gestion risquent d’être diluées, sans qu’aucune sanction claire ne soit prise. Dans un État de droit digne de ce nom, la confiance des citoyens dans les institutions passe par la rigueur, la responsabilité et la reddition des comptes. Les Outre-mer, pleinement intégrés à la République, ne peuvent être le terrain d’expérimentations financières imprudentes, encore moins d’une opacité qui fragilise la crédibilité de la justice française dans son ensemble.

Privacy Preference Center