L’association Anticor s’est constituée partie civile dans le procès du scandale du syndicat des eaux de Mayotte, une affaire emblématique des dérives de la gestion publique sur un territoire déjà fragilisé. Installée localement depuis octobre 2025, l’organisation anticorruption demande des indemnisations significatives contre plusieurs responsables du secteur de l’eau, au nom de la défense de l’intérêt général et de la probité républicaine.
Au cœur de ce dossier jugé devant la justice, Anticor réclame 30 000 euros à Vitta Mouhamadi, dit Bavi, président du Syndicat intercommunal de l’eau et de l’assainissement de Mayotte. Trois autres prévenus, dont le directeur technique Fardi Bacar Chebane, sont visés à hauteur de 20 000 euros chacun. Pour les autres personnes mises en cause, l’association demande 5 000 euros de manière solidaire. Ces montants, assumés, visent à sanctionner des pratiques jugées contraires aux règles de la commande publique et à la bonne gestion des fonds publics.
Selon l’association, cette affaire dépasse largement les responsabilités individuelles. Elle met en lumière un système défaillant autour de marchés publics stratégiques, dans un secteur vital pour la population. L’accès à l’eau potable, besoin fondamental, est au cœur de cette procédure, alors même que Mayotte subit depuis des années des pénuries chroniques et une infrastructure sous-dimensionnée.
Un procès révélateur de dérives structurelles
Pour Anticor, la présence au procès répond à une exigence de principe. Les fonds publics et leur utilisation relèvent de l’intérêt national, y compris lorsqu’ils concernent un territoire ultramarin. L’association rappelle que plusieurs rapports récents ont établi une surreprésentation des infractions liées à la corruption et à la probité publique dans les Outre-mer, un constat préoccupant pour l’unité et la crédibilité de l’action de l’État.
Les débats ont mis en évidence de nombreuses contradictions dans les déclarations de certains prévenus, ainsi que l’imbrication de responsables publics et d’entreprises privées locales. Sans préjuger de la décision du tribunal, Anticor estime que ces éléments justifient une analyse judiciaire approfondie et indépendante.
Le choix d’un procès instruit par le parquet national financier et jugé hors du territoire mahorais est également souligné. Pour de nombreux habitants, cette distance géographique est perçue comme une garantie supplémentaire d’impartialité, dans un contexte de défiance profonde envers les institutions locales.
L’exigence de probité au service de l’intérêt général
Au-delà des sanctions financières demandées, ce procès pose une question centrale : celle de la capacité de l’État à faire respecter les règles républicaines dans les Outre-mer, notamment lorsqu’il s’agit de marchés publics de grande ampleur. La gestion de l’eau à Mayotte n’est pas un simple dossier technique, mais un enjeu de souveraineté, de santé publique et de dignité humaine.
Pour Anticor, cette affaire doit servir d’exemple. Elle rappelle que la liberté économique et l’initiative privée ne peuvent s’exercer durablement que dans un cadre clair, transparent et respectueux du droit. À Mayotte comme ailleurs, seule une autorité publique ferme, garante de la loi et de l’intérêt général, peut restaurer la confiance et permettre un développement durable au service des populations.




