Le gouvernement entend franchir une nouvelle étape dans la modernisation de l’État en s’appuyant sur l’intelligence artificielle pour réduire les délais de traitement des titres de séjour. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l’expérimentation, dès 2026, d’une application d’IA destinée à fluidifier l’instruction des dossiers dans plusieurs préfectures, avant une généralisation prévue en 2027.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, puis dans un entretien accordé à Ouest-France, le chef du gouvernement a dressé un constat sévère du fonctionnement actuel de l’administration. Selon lui, le traitement des demandes de titres de séjour repose encore sur des procédures archaïques, inadaptées à la pression migratoire et à l’exigence d’efficacité attendue d’un État moderne.

Le développement de cette application a été confié au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et au ministre délégué à la Fonction publique David Amiel. L’objectif affiché est clair : soulager les agents des préfectures, réduire les délais et permettre à l’administration de statuer plus rapidement, que ce soit pour accorder ou refuser un titre de séjour.

Cinq préfectures pilotes testeront le dispositif dès cette année, principalement en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, des territoires particulièrement exposés à la pression migratoire. Pour l’exécutif, cette expérimentation doit permettre de restaurer une capacité de décision rapide et lisible, condition indispensable au respect de l’autorité de l’État et à la crédibilité de la politique migratoire.

Mayotte, révélateur des limites actuelles du système

Cette annonce résonne fortement dans les territoires ultramarins, et tout particulièrement à Mayotte. Le ministère de l’Intérieur reconnaissait encore en 2025 ne pas disposer de données consolidées sur les titres de séjour délivrés localement, illustrant les failles d’un système administratif débordé.

Entre 2019 et 2023, le nombre de premiers titres de séjour délivrés à Mayotte est passé de plus de 5 400 à environ 3 400, avec de fortes variations annuelles. Les motifs familiaux représentent près de 80 % des titres accordés, un niveau très supérieur à la moyenne nationale. En 2023, près de huit bénéficiaires sur dix étaient de nationalité comorienne, tandis que plus de 37 000 personnes disposaient d’un titre ou d’un document provisoire valide sur le territoire.

Pour le gouvernement, le recours à l’intelligence artificielle doit permettre de reprendre le contrôle sur ces flux administratifs, d’améliorer la traçabilité des décisions et de garantir une application plus rigoureuse du droit. Une modernisation technologique assumée, au service de l’efficacité de l’État et du respect des règles de la République.

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