Le Sénat examine ce jeudi 29 janvier une proposition de loi portée par le sénateur RDPI Georges Patient, visant à rouvrir la voie à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins. Adopté en commission le 21 janvier, le texte arrive en séance dans un climat de fortes tensions politiques, alors même que le gouvernement annonce un avis négatif.
Le débat révèle une fracture au sommet de l’exécutif. D’un côté, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut réaffirme son opposition, jugeant qu’un tel retour aux énergies fossiles affaiblirait la crédibilité internationale de la France. De l’autre, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou défend une approche plus pragmatique, estimant que certains territoires doivent pouvoir explorer toutes les pistes de développement économique.
Gouvernement divisé, ONG vent debout
Au-delà des divisions internes, le texte se heurte à une mobilisation frontale des organisations environnementales. Plusieurs ONG dénoncent une fuite en avant, estimant que présenter l’exploitation pétrolière comme une solution aux difficultés économiques de territoires déjà fragilisés relève d’un discours dangereux.
Pour ces associations, le risque est double : d’une part une incohérence stratégique alors que la France revendique un rôle moteur sur la scène climatique, d’autre part une menace directe pour des écosystèmes ultramarins déjà soumis à une pression extrême.
Guyane : revendication économique et arrière-plan idéologique
À l’inverse, une partie des élus guyanais pousse fortement en faveur d’une réouverture du dossier. Pour eux, l’interdiction de toute prospection est vécue comme une décision imposée depuis Paris, sans prise en compte des réalités locales. Les comparaisons avec les pays voisins, notamment le Guyana et le Suriname, reviennent comme un leitmotiv, nourrissant un sentiment d’injustice.
Le député indépendantiste Jean-Victor Castor et son collègue Davy Rimane mettent en avant l’idée que la Guyane serait empêchée d’accéder à des leviers de développement dont bénéficient d’autres territoires de la région. Un argument politique classique, qui mêle revendication économique et discours de rupture, avec en filigrane la critique d’un État accusé de brider la croissance locale.
Reste que le débat ne peut être réduit à une opposition caricaturale entre « écologie » et « développement ». La question posée est celle de la cohérence nationale : la France peut-elle, tout en affichant une stratégie climatique ambitieuse, ouvrir une brèche ultramarine dans l’interdiction des hydrocarbures ?
La loi Hulot de 2017 interdit toute prospection d’hydrocarbures sur le territoire français, sur terre comme en mer. Le vote de ce jeudi au Sénat dira si cette ligne tient encore, ou si la pression économique et politique pousse désormais à la réécriture d’un principe pourtant présenté comme intangible.




