Le tribunal correctionnel de Paris a condamné Serge Letchimy à 18 mois de prison avec sursis, 150 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Le président du conseil exécutif de Martinique a immédiatement annoncé faire appel, dénonçant une décision « infondée » et évoquant un « acharnement judiciaire ».
La 32e chambre du tribunal a estimé que l’élu avait utilisé sa fonction et son influence pour obtenir des avantages indus. La peine prononcée est proche des réquisitions du parquet. Sans appel, cette condamnation aurait entraîné son départ automatique de la présidence du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique, provoquant mécaniquement la chute de l’ensemble de l’exécutif.
L’appel étant suspensif, Serge Letchimy conserve pour l’instant ses fonctions. Il s’expose toutefois au risque d’une peine confirmée, voire aggravée, en seconde instance.
« Une décision infondée », selon l’élu martiniquais
Dans un communiqué diffusé dans la foulée du jugement, Serge Letchimy affirme « prendre acte » de la décision tout en la contestant fermement. Il soutient que le tribunal a reconnu l’absence de détournement de fonds publics dans le dossier.
L’affaire porte notamment sur les conditions de sa réintégration à la mairie de Fort-de-France afin de faire valoir ses droits à la retraite. Selon lui, cette réintégration a été jugée légale. En revanche, le tribunal aurait estimé qu’il n’aurait pas dû percevoir certaines sommes compte tenu de son statut de député au moment des faits, une analyse qu’il conteste au regard du droit applicable.
Il a annoncé mandater son avocate pour interjeter appel afin de « défendre son honneur et son intégrité ».
Relaxés pour les autres prévenus, un climat politique sous tension
Les trois autres prévenus dans ce dossier (Max Bunod, ancien directeur des services, Yvon Paquit, premier adjoint, et Didier Laguerre, maire de Fort-de-France ) ont été relaxés. Cette décision est immédiate, sauf si le parquet national financier décide à son tour de faire appel.
Pour Didier Laguerre, engagé dans une campagne municipale, cette relaxe représente un soulagement politique évident.
Cette condamnation, même non définitive, ouvre une séquence délicate pour la gouvernance de la Martinique. Au-delà du cas personnel de Serge Letchimy, c’est la stabilité institutionnelle de la collectivité qui se retrouve suspendue à l’issue de la procédure d’appel. Dans un contexte où les territoires ultramarins font face à de multiples défis économiques et sociaux, l’incertitude judiciaire ajoute une pression supplémentaire sur la vie publique locale.




