Le projet de loi porté par le gouvernement polynésien visant à modifier le mode de revalorisation du SMIG a essuyé un net revers au Conseil économique, social, environnemental et culturel. Réunis ce 23 janvier, les membres du CESEC ont émis un avis défavorable massif, révélant de profondes inquiétudes sur les effets réels de cette réforme sur le pouvoir d’achat comme sur la compétitivité des entreprises locales.

La réforme proposée ambitionne de remplacer l’indice général des prix par un indice ouvrier pour calculer l’évolution du SMIG. Présentée comme plus juste pour les salariés modestes, cette modification n’a pas convaincu les partenaires sociaux. Le CESEC a rejeté le texte par 45 voix contre, signe d’un scepticisme très large, y compris parmi les représentants de la société civile.

Une réforme floue qui inquiète consommateurs et employeurs

Du côté des associations de consommateurs, l’incompréhension domine. Plusieurs représentants estiment que le mécanisme actuel du SMIG remplit déjà sa fonction de protection du pouvoir d’achat et que la réforme manque de lisibilité sur ses bénéfices concrets. En l’absence de garanties claires, la crainte d’un dispositif inefficace, voire contre-productif, reste forte.

Les inquiétudes sont encore plus marquées chez les chefs d’entreprise. Le patronat polynésien alerte sur un coût du travail déjà élevé, qui fragilise la compétitivité des entreprises locales face à leurs concurrentes du Pacifique. Dans une économie insulaire ouverte, où les écarts de coûts sont considérables, toute hausse mal maîtrisée des charges salariales risque d’alourdir les prix, de freiner l’investissement et, in fine, de détruire de l’emploi. Un scénario que les entrepreneurs refusent de voir se répéter après des années de fragilisation économique.

Pouvoir d’achat ou compétitivité : un équilibre à préserver

Certains membres du CESEC appellent néanmoins à ne pas fermer la porte à toute évolution, soulignant la nécessité d’améliorer le pouvoir d’achat dans un contexte de vie chère persistante. Mais cette aspiration légitime ne saurait, selon de nombreux observateurs, se faire au détriment de la solidité des entreprises, seules créatrices durables de richesse et d’emplois.

Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée de la Polynésie française. Les élus auront la responsabilité de trancher avec prudence, en évitant les réformes idéologiques ou improvisées. Dans un territoire où l’économie repose sur un équilibre fragile, toute décision sur le SMIG doit s’inscrire dans une vision réaliste, favorable à la fois au travail, à l’investissement et à la stabilité sociale, loin des recettes simplistes qui ont trop souvent montré leurs limites.

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