Après plus de 17 000 kilomètres de convoyage depuis Toulouse, l’avion cargo “Te Hono” a atterri vendredi 20 février à Tahiti-Faa’a. Avec cet appareil, Motu Link Cargo concrétise un projet inédit en Polynésie : créer une compagnie entièrement dédiée au fret aérien inter-îles, financée exclusivement par des capitaux privés locaux.
L’arrivée de l’ATR 72-500 converti en version cargo marque l’aboutissement de près de cinq années de préparation. Baptisé “Te Hono”, qui signifie “le lien”, l’appareil peut transporter jusqu’à 8,3 tonnes de marchandises sur des pistes courtes, un atout déterminant dans un territoire éclaté comme la Polynésie française.
Un outil adapté aux réalités insulaires
Conçu pour desservir des îles éloignées, l’avion doit assurer des rotations régulières entre Tahiti et plusieurs destinations stratégiques comme Raiatea, Bora Bora, Rangiroa, Nuku Hiva ou Tubuai. Les produits frais, les médicaments et certains fret sensibles figurent parmi les priorités.
Au-delà de la logistique, les promoteurs du projet mettent en avant un impact environnemental moindre par rapport aux avions à réaction, avec une réduction significative des émissions de CO₂.
Un investissement privé massif
Le projet repose sur un financement 100 % privé et polynésien, représentant plus de 1,4 milliard de francs Pacifique, dont près de 500 millions pour l’acquisition de l’appareil. Une partie des fonds a été levée via une opération de financement participatif, fait rare à cette échelle en Polynésie.
La compagnie revendique une gestion rigoureuse des coûts, avec un seuil de rentabilité estimé autour de 40 % de taux de remplissage. Un pari audacieux dans un secteur aérien notoirement exigeant.
Un enjeu économique pour les îles
Pour le président de la Polynésie française, ce nouvel acteur vient compléter l’offre existante sans entrer en concurrence frontale avec les compagnies de transport de passagers. L’objectif affiché est clair : renforcer la connectivité des îles productrices et soutenir leur développement économique.
La mise en service effective dépend désormais de l’autorisation de l’aviation civile. Si le feu vert est donné, les premiers vols commerciaux pourraient intervenir dès le mois de mars.
Avec environ 35 emplois directs créés et une ambition affirmée de structurer durablement le fret aérien inter-îles, Motu Link Cargo entend s’inscrire dans la stratégie de désenclavement et de souveraineté économique de la Polynésie.




