La commission des Finances de l’Assemblée nationale a rejeté l’amendement visant à alourdir la fiscalité sur les alcools forts produits et consommés à La Réunion. Une décision qui marque un coup d’arrêt à une initiative portée par la gauche, au nom de la santé publique, mais jugée économiquement dangereuse et juridiquement discutable.

Adopté précédemment au Sénat, l’amendement du sénateur Stéphane Fouassin prévoyait d’autoriser le Département de La Réunion à majorer fortement l’accise sur les alcools locaux, en particulier le rhum. Le 8 janvier, la commission des Finances de l’Assemblée nationale a mis fin à cette tentative, en adoptant un amendement de suppression déposé par le député socialiste de l’Eure, Philippe Brun.

La mesure sénatoriale visait une surtaxation ciblée des alcools forts réunionnais, alors même que le territoire bénéficie déjà d’un régime fiscal spécifique en matière d’accises, dont le produit est reversé aux collectivités. Pour ses opposants, il s’agissait d’une double imposition pénalisant directement une filière stratégique pour l’économie locale.

Une mesure jugée économiquement risquée et juridiquement bancale

Les arguments ayant conduit au rejet sont clairs. La surtaxe envisagée aurait entraîné une hausse pouvant dépasser 1 200 % par rapport au niveau actuel, avec un plafond supérieur à 1 600 euros par hectolitre d’alcool pur. Une augmentation massive, jugée disproportionnée, qui aurait fragilisé le rhum réunionnais face aux alcools importés, notamment le whisky, sans garantie de baisse réelle de la consommation d’alcool.

Autre point central : la compétence sanitaire relève de la Région, non du Département. Or la Région Réunion dispose déjà d’un levier fiscal, qu’elle a d’ailleurs utilisé en 2025 en augmentant l’accise de 42 % pour financer des actions de prévention. La présidente de Région s’était publiquement opposée à la surtaxation sénatoriale, adoptée sans concertation avec les acteurs économiques et institutionnels.

Dans un contexte de crise économique persistante, toucher à la filière canne-sucre-rhum, qui représente plus de 15 000 emplois directs et indirects, apparaissait pour beaucoup comme une faute stratégique, déconnectée des réalités du terrain.

Malgré ce rejet, le député socialiste réunionnais Philippe Naillet persiste et annonce vouloir relancer le débat en séance, en déposant un nouvel amendement. Il accuse ses opposants de céder à des intérêts économiques et maintient une lecture exclusivement sanitaire du dossier.

Reste que cette tentative illustre une nouvelle fois les dérives d’une approche idéologique qui oppose systématiquement santé publique et activité économique, au risque d’affaiblir durablement des secteurs productifs essentiels. La décision de la commission des Finances apparaît, en l’état, comme un choix de responsabilité, en faveur de la stabilité économique, du respect des compétences institutionnelles et de la défense des filières locales réunionnaises.

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