À quelques jours du vote du projet de loi de finances pour 2026, les acteurs de la filière canne, sucre et rhum de La Réunion affichent une unité rare face à ce qu’ils qualifient d’un véritable choc fiscal. Réintroduit dans le texte budgétaire, l’amendement porté par le sénateur Stéphane Fouassin prévoit une forte hausse de la taxation des alcools forts, une mesure perçue localement comme une menace directe pour l’économie réunionnaise et l’emploi agricole.
Réunis ce vendredi matin sur le site industriel de Bois-Rouge, planteurs, industriels du sucre et producteurs de rhum ont tenu à alerter publiquement sur les conséquences d’un dispositif fiscal qu’ils jugent déconnecté des réalités ultramarines. L’amendement prévoit une majoration départementale accrue sur les alcools forts, en particulier ceux importés, mais dont l’impact toucherait de plein fouet la production locale de rhum.
Un choc fiscal aux conséquences économiques lourdes
Selon les professionnels, la hausse envisagée ferait mécaniquement exploser le prix des bouteilles de rhum. Les représentants de la filière évoquent une augmentation pouvant atteindre plusieurs euros par bouteille, ce qui fragiliserait immédiatement la compétitivité des producteurs réunionnais, tant sur le marché local qu’à l’export.
Pour les industriels comme pour les planteurs, cette fiscalité accrue ne se limite pas à la seule question du rhum. Elle menace l’équilibre global de la filière canne-sucre, dont le modèle économique repose aussi sur la valorisation des mélasses issues de la production sucrière. Toucher au rhum, c’est donc, selon eux, affaiblir l’ensemble de la chaîne agricole et industrielle, au risque de compromettre les revenus des planteurs et la pérennité des sucreries.
Une filière stratégique ignorée par Paris
La colère exprimée ce vendredi révèle un malaise plus profond. Les représentants agricoles dénoncent une décision prise sans réelle concertation et sans prise en compte du poids stratégique de la filière canne-sucre-rhum à La Réunion. Pilier historique de l’économie locale, elle structure des milliers d’emplois directs et indirects et participe à la stabilité sociale du territoire.
Dans un contexte déjà marqué par des difficultés économiques et une concurrence accrue, cette mesure fiscale est perçue comme un signal négatif envoyé à un secteur productif qui continue pourtant d’investir, d’exporter et de faire vivre l’économie réelle. Les acteurs de la filière annoncent d’ores et déjà une mobilisation devant la préfecture le 27 janvier, aux côtés des agriculteurs, pour défendre un modèle économique local fondé sur le travail, la production et l’ancrage dans la République.
À La Réunion, cette contestation dépasse la question de l’alcool. Elle pose, une nouvelle fois, celle de la capacité de l’État à soutenir les filières productives ultramarines plutôt que de les fragiliser par des choix fiscaux perçus comme idéologiques et déconnectés du terrain.




