Enfin un peu d’air sur les routes de Mamoudzou. Après une quinzaine de jours de bras de fer entamé le 27 février, les taxis de Mayotte annoncent la suspension de leur mouvement, le troisième depuis mai et juin 2025. Derrière la reprise du service, personne n’est dupe: ce n’est pas une reddition, c’est une pause tactique. Les chauffeurs veulent pouvoir circuler sur les voies de bus réservées aux navettes de la Cadema et au futur Caribus, ou à défaut obtenir une compensation nette pour le chiffre d’affaires perdu, une revendication résumée sans détour par Adinani Zoubert: « Si on ne peut pas emprunter les voies, qu’il y ait une compensation de notre perte par rapport au chiffre d’affaires ».
L’État attendu au tournant, la Cadema sommée de parler clair
Au coeur du dossier, il y a ce vieux réflexe mahorais: quand la règle tombe d’en haut, il faut que le terrain suive, sinon ça casse. Une rencontre avec le vice-président du Conseil départemental chargé des transports a visiblement calmé le jeu, avec la promesse d’une nouvelle réunion dans deux à trois mois et un premier retour annoncé d’ici un mois à un mois et demi. Les taxis, eux, gardent la main sur le bouton d’alarme: « On suspend le mouvement mais on suit les échanges de près ». Et ils ont raison, parce qu’à Mayotte, les engagements qui traînent finissent souvent en embouteillages sociaux, dans un climat déjà lourd entre insécurité, économie sous pression et services publics à bout de souffle.
Ce dossier dit quelque chose de plus grand que des voies réservées: il raconte une île française qui veut de l’ordre, des règles stables et des décisions tenues, pas des palabres sans fin. Les collectivités doivent trancher, la Cadema doit clarifier sa ligne, l’État doit tenir son rôle d’arbitre quand la tension monte, sans céder aux agitateurs qui prospèrent sur le chaos et la colère. La suspension offre une fenêtre, courte, pour choisir la voie du compromis plutôt que celle du blocage, avec en toile de fond une question silencieuse: qui, cette fois, aura le courage d’aller au bout et de faire respecter une solution durable sur les routes de la République à Mayotte.




