À La Réunion, une initiative locale entend transformer un problème du quotidien en opportunité économique. Lancée fin 2025, l’application Trapsa permet aux particuliers de vendre les fruits produits dans leur jardin, plutôt que de les laisser perdre. Une solution simple, ancrée dans la culture péi, qui allie bon sens, circuit court et pouvoir d’achat.
Mangues, letchis, longanis ou avocats : dans de nombreuses cours réunionnaises, les arbres fruitiers produisent bien plus que ce que les familles peuvent consommer. Faute de débouchés, une grande partie de ces récoltes finit aujourd’hui au sol ou dans les déchets verts. Un gaspillage que Trapsa entend précisément combattre.
Imaginée et cofondée par Xavier Cardon-Wislez, l’application est née d’un constat familial et culturel. Autrefois, le surplus se partageait naturellement avec les voisins ou le quartier. Cette logique de proximité s’est peu à peu érodée, laissant place à une perte estimée à près de 75 % des fruits produits chez les particuliers.
Une tradition de partage modernisée
Trapsa propose de remettre ce bon sens au goût du jour, en s’appuyant sur les outils numériques. Le principe est volontairement simple : le particulier photographie ses fruits, fixe un prix, et entre en contact avec des acheteurs situés à proximité. La discussion et la négociation sont encouragées, dans l’esprit des marchés forains et des échanges de quartier.
L’application se positionne clairement en faveur des petits producteurs de cour, sans chercher à concurrencer les filières professionnelles. « Nous nous adressons avant tout aux particuliers, à ceux qui ont un ou deux arbres dans leur jardin », explique son fondateur. L’objectif est double : offrir un complément de revenu aux vendeurs et proposer aux acheteurs des produits ultra-frais, sans intermédiaire.
Au-delà de l’aspect économique, Trapsa revendique une dimension sociale. En favorisant les échanges locaux, l’application recrée du lien entre habitants et redonne une valeur concrète à des pratiques longtemps ancrées dans l’identité réunionnaise.
Vers une ouverture aux professionnels ?
Si Trapsa s’adresse pour l’instant exclusivement aux particuliers, une extension vers les agriculteurs n’est pas exclue à moyen terme. Une telle évolution permettrait aux professionnels de mieux valoriser certaines productions et de dégager des marges plus importantes, tout en restant dans une logique de circuit court.
Avec déjà plus d’une centaine d’utilisateurs, l’application montre que l’innovation locale peut apporter des réponses pragmatiques à la vie chère, sans subventions excessives ni lourdeurs administratives. Une initiative péi qui illustre comment l’économie de proximité et l’esprit d’entreprise peuvent aller de pair.




