Un nouvel outil scientifique et opérationnel vient de voir le jour : la toute première carte mondiale des fonds marins côtiers. Fruit de six ans de travail entre le CNES, l’IRD et le Shom, cet atlas sous marin, accessible en open source depuis décembre 2025, ouvre des perspectives concrètes pour mieux gérer les littoraux ultramarins, sécuriser la navigation et anticiper l’érosion.
Cartographier la mer sans bateau, grâce aux satellites
Aujourd’hui, seules 1 % des eaux françaises sont cartographiées chaque année, Outre mer compris, ce qui renvoie la connaissance complète des fonds côtiers à l’échelle d’un siècle. Les chercheurs ont donc changé d’approche : au lieu de dépendre uniquement de missions en bateau et de sondeurs, coûteuses et impossibles à généraliser partout, ils exploitent des images satellites et calculent la profondeur à partir de la dynamique des vagues. L’idée est simple : la vitesse et la forme des vagues varient selon la profondeur, ce qui permet d’estimer le relief sous marin.
Plus d’un million d’images ont été traitées sur un supercalculateur du CNES pendant trois mois. Résultat : une cartographie des fonds proches du rivage, de 5 à 50 mètres de profondeur, là où les méthodes classiques plafonnaient en moyenne autour de 14 mètres. Un gain décisif, notamment dans des zones où l’eau est trouble, comme en Guyane, et où l’observation directe est limitée.
Cet atlas peut améliorer la sécurité maritime près des côtes, y compris en situation de crise. Lorsqu’un port est endommagé par un ouragan aux Antilles, connaître rapidement le relief sous marin aide les secours à débarquer sans s’exposer à des hauts fonds imprévus. En Guyane, la méthode permet de suivre des bancs de vase ou de sable, un enjeu pratique pour guider des barges, notamment celles qui transportent des éléments sensibles jusqu’au port de Pariacabo à Kourou.
L’outil intéresse aussi la prévention des submersions marines. En Polynésie, des travaux s’appuient déjà sur ces données pour mieux modéliser les vagues autour d’atolls dont le relief sous marin était mal connu. Même si l’atlas open source reste à une résolution d’environ un kilomètre, la logique est lancée : raffiner la précision, transférer la technologie à des acteurs économiques, et renforcer la capacité des territoires à prévoir et décider.
Enfin, l’enjeu est majeur pour l’érosion côtière, qui frappe de plein fouet les Outre mer. Le sable ne disparaît pas, il se déplace souvent sous l’eau. Cette cartographie aide donc à comprendre où part la matière, à mesurer les pertes, et à piloter des politiques publiques plus réalistes. Face au recul du trait de côte, disposer de données fiables n’est pas un luxe scientifique, c’est un outil d’autorité et de protection pour des territoires français en première ligne.




