La Tour Eiffel s’apprête à accueillir, pour la première fois, des noms de femmes scientifiques sur son premier étage. Parmi les 72 personnalités retenues figure Alice Sollier, née Alice Mathieu-Dubois, fille d’un esclave guyanais affranchi et pionnière de la médecine en France. Une reconnaissance tardive mais symboliquement forte, qui rappelle que l’histoire nationale s’est aussi construite dans les Outre-mer.

Le 26 janvier, la maire de Paris Anne Hidalgo a dévoilé la liste des 72 femmes dont les noms seront gravés en lettres d’or au-dessus de la frise existante, déjà consacrée depuis 1889 à 72 savants français. Cette initiative, lancée en 2021 et validée en 2023, doit aboutir en 2027.

Parmi les figures attendues, on retrouve des noms mondialement connus comme Marie Curie et Irène Joliot-Curie. Mais l’intérêt majeur de cette liste tient aussi à la mise en lumière de profils oubliés, à commencer par Alice Sollier.

Alice Sollier, un parcours d’exception venu de Guyane

Alice Sollier est présentée comme la première femme noire diplômée en médecine en France. Sa trajectoire, exceptionnelle, tranche avec les clichés habituels sur l’accès des Ultramarins aux grandes carrières scientifiques.

Elle s’est illustrée par une thèse portant sur la dentition des enfants atteints de retard mental, un travail qui a contribué aux avancées en psychiatrie et en neurologie. Elle a ensuite dirigé un établissement de santé privé, prenant en charge des patients souffrant de troubles nerveux et de toxicomanie.

Autre fait marquant : elle fut également la première femme noire décorée de la Légion d’honneur, signe que l’État avait su reconnaître, au moins partiellement, la valeur de son engagement.

Un symbole national, mais aussi un rappel utile

L’initiative parisienne se présente comme une réparation d’une « invisibilisation volontaire » des femmes dans la science. Mais au-delà du discours militant, le geste met en évidence une réalité plus large : la France dispose, dans tous ses territoires, de talents remarquables, souvent négligés ou relégués dans les marges de l’histoire officielle.

L’inscription du nom d’Alice Sollier sur le monument le plus emblématique du pays n’est pas seulement un hommage individuel : c’est aussi un rappel que la Guyane, comme l’ensemble des Outre-mer, fait pleinement partie de la nation française, et qu’elle a contribué à son rayonnement intellectuel et scientifique.

En 2027, son nom figurera donc, au même niveau que ceux d’Ampère ou d’Arago, sur la Tour Eiffel. Une reconnaissance tardive, mais qui marque un pas concret vers une mémoire nationale plus juste et plus complète.

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