Le témoignage d’Émilie Payet, Réunionnaise aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années, jette une lumière brutale sur les méthodes d’emprise et de manipulation de Jeffrey Epstein. L’Agence de vérification de Radio France a recueilli son récit, après que son nom est apparu à de très nombreuses reprises dans les documents judiciaires récemment rendus publics aux États-Unis.

Émilie Payet affirme avoir rencontré Epstein en 2010, alors qu’elle n’avait que 19 ans. À l’époque, elle pense avoir affaire à un homme puissant prêt à l’aider à lancer sa carrière artistique. Il lui promet des opportunités, des contrats, et va jusqu’à évoquer des contacts prestigieux, comme Woody Allen. Une promesse conditionnée à une exigence simple, mais révélatrice : rester en contact permanent.

Une stratégie d’approche méthodique et calculée

Selon son récit, Epstein met en place une atmosphère parfaitement contrôlée lors de ses visites à Paris : accueil orchestré, détails soigneusement préparés, gestes destinés à la mettre en confiance. Avec le recul, elle décrit une méthode froide, presque industrielle : collecter des informations sur la victime pour l’amener à baisser sa garde, puis instaurer un climat de dépendance.

L’emprise se renforce, dit-elle, par un contrôle constant. Lorsqu’elle perd son téléphone, Epstein insiste : il faut qu’elle soit joignable à tout moment. Il va jusqu’à lui envoyer de l’argent, un virement de 600 dollars, afin qu’elle en rachète immédiatement un. Radio France indique avoir retrouvé la trace de ce virement dans les documents américains.

Humiliation, confusion, isolement : la mécanique de domination

Le récit décrit ensuite une montée progressive du malaise : remarques humiliantes, rabaissement déguisé en plaisanterie, situations ambiguës présentées comme « normales ». Epstein lui propose par exemple de prendre un bain ou de faire une sieste chez lui, alors qu’elle dit être venue pour parler de travail. Elle analyse aujourd’hui ces scènes comme une tactique destinée à brouiller les repères et à créer un faux sentiment de sécurité.

En 2013, Epstein lui présente un producteur américain à New York. L’entretien tourne rapidement à l’agression : l’homme la touche, elle repousse sa main et refuse. La réaction est glaçante : « you are a very smart girl ». Elle s’enfuit, paniquée.

Le lendemain, Epstein l’appelle et la couvre d’insultes, lui expliquant brutalement que « c’est comme ça que ça marche ». Une phrase qui résume, à elle seule, la logique prédatrice du système : promesse de réussite, pression, puis punition dès qu’une jeune femme refuse.

Un témoignage essentiel, sans voyeurisme

Émilie Payet souligne elle-même que d’autres victimes ont subi bien pire. Mais son récit reste fondamental : il montre, sans sensationnalisme, comment Epstein ne procédait pas seulement par violence physique, mais par prise de contrôle psychologique, humiliation et manipulation, en exploitant les fragilités, les rêves et la naïveté de très jeunes femmes.

Ce témoignage rappelle une réalité simple et dérangeante : derrière le vernis mondain, certains réseaux fonctionnent comme des machines à broyer, où l’argent, l’influence et le prestige deviennent des armes.

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