Après plus de dix ans d’accumulation d’épaves dans les décharges de l’archipel, Saint-Pierre-et-Miquelon s’apprête à disposer d’une filière pérenne de traitement des véhicules hors d’usage. Une avancée environnementale rendue possible par la loi anti-gaspillage de 2020 et financée par les constructeurs automobiles et motocyclistes. Mais dans un territoire insulaire exigu et éloigné, cette filière naîtra… durablement déficitaire.
L’opération dite « one shot », destinée à évacuer les quelque 4 000 carcasses stockées à Saint-Pierre et à Miquelon, touche à sa fin. Les derniers conteneurs de véhicules compressés ont quitté l’archipel pour le Canada. Il subsiste encore environ 250 épaves à Saint-Pierre, qui relèveront désormais de la nouvelle organisation imposée aux constructeurs.
Depuis la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, ces derniers ont l’obligation de prendre en charge l’intégralité du cycle de vie de leurs produits, y compris dans les territoires ultramarins où aucune rentabilité économique n’est possible. Saint-Pierre-et-Miquelon en est l’exemple le plus parlant.
Une obligation environnementale assumée par les constructeurs
Selon Olivier Gaudeau, directeur des affaires publiques chez Indra, spécialiste hexagonal du recyclage automobile mandaté par de nombreux constructeurs, le constat est sans appel : avec seulement 200 à 300 véhicules à traiter par an, les coûts liés à l’insularité et au transport excèdent très largement les recettes issues du recyclage. Chaque véhicule traité génère mécaniquement une perte financière.
C’est précisément pour cette raison qu’aucune filière locale n’avait vu le jour jusque-là, malgré l’obligation réglementaire. L’État a donc dû intervenir. L’opération exceptionnelle de désengorgement des décharges a représenté un coût total de 6 millions d’euros, dont 3 millions financés par les services de l’État et environ 700 000 euros par les constructeurs.
À partir de février 2026, une filière permanente entrera en fonction. Vingt-et-un constructeurs présents sur le territoire finalisent actuellement leurs contrats avec deux entreprises locales. Autochrome assurera la dépollution des véhicules, avec l’extraction des fluides, batteries, catalyseurs et pièces réutilisables. Guibert Frères prendra en charge la découpe, le compactage et l’exportation des carcasses.
Aucun broyeur ne sera implanté sur place. Un tel équipement nécessite des volumes industriels incompatibles avec la réalité locale. Les véhicules compactés continueront donc d’être exportés, principalement vers le Canada, solution la plus rationnelle économiquement compte tenu des distances.
À l’issue du traitement, plus de 95 % du véhicule sera valorisé ou recyclé, conformément aux exigences réglementaires. D’une épave de plus d’une tonne, il ne restera qu’environ 60 kilos de déchets ultimes.
Un service gratuit pour les particuliers, sans illusion économique
Pour les habitants, la nouvelle filière apportera un changement concret : l’enlèvement et le traitement des véhicules hors d’usage seront intégralement pris en charge, sans aucun coût pour les propriétaires. Une disposition prévue par la loi, qui pourrait contribuer à libérer l’espace public de nombreux véhicules abandonnés.
En revanche, aucune revente de pièces ou indemnisation n’est envisageable, contrairement à ce qui existe en métropole. Dans l’archipel, les gains issus du recyclage sont intégralement absorbés par les coûts logistiques.
Cette filière, structurellement déficitaire, illustre une réalité souvent occultée des politiques environnementales : leur mise en œuvre dans les Outre-mer repose largement sur la solidarité nationale et la responsabilité imposée aux producteurs. Un modèle coûteux, mais nécessaire, pour éviter que ces territoires français ne restent les angles morts de l’économie circulaire.




