Vie chère : la loi repoussée à l’été, Naïma Moutchou promet un texte « musclé »
Le projet de loi contre la vie chère dans les Outre-mer ne sera finalement pas examiné immédiatement. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a annoncé qu’il serait renvoyé « vers juin-juillet » afin d’être retravaillé et renforcé. Une décision qui illustre à la fois l’urgence du sujet… et l’incapacité persistante de l’État à apporter rapidement des réponses concrètes aux territoires.
Le texte, initié sous l’ancien ministre Manuel Valls, avait été adopté sans enthousiasme au Sénat fin octobre. Jugé trop timide, il n’a toujours pas été déposé à l’Assemblée nationale. La ministre assume désormais un « temps de pause » pour revoir le contenu, estimant que le gouvernement peut « aller plus loin » et produire un dispositif réellement efficace sur le terrain.
Naïma Moutchou doit recevoir dès la semaine prochaine la délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale, qui a travaillé sur des pistes d’amélioration. La ministre affirme également préparer elle-même de nouvelles propositions afin d’obtenir un texte plus ambitieux.
Une priorité vitale pour les Outre-mer, trop souvent traitée comme secondaire
La lutte contre la vie chère est pourtant présentée comme une « urgence » par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle est au cœur des colères ultramarines, notamment en Martinique où de fortes manifestations avaient éclaté à l’automne 2024. Dans plusieurs territoires, le sentiment est le même : l’État reconnaît le problème, mais tarde à agir.
Selon l’Insee, l’écart de prix sur les produits alimentaires peut atteindre jusqu’à 42 % entre les Outre-mer et l’Hexagone. Un chiffre massif, qui explique pourquoi ce sujet dépasse largement la question du pouvoir d’achat : il touche à l’égalité républicaine et à la dignité du quotidien.
Nouvelle-Calédonie : un soutien financier promis, indépendamment du processus politique
Interrogée sur la Nouvelle-Calédonie, la ministre a par ailleurs affirmé que le soutien économique promis au territoire ne dépendait pas de l’adoption du projet de loi constitutionnelle actuellement en discussion. Elle évoque un protocole financier d’un milliard d’euros signé en janvier à Paris, destiné à répondre à une situation économique qualifiée de « désastreuse ».
Ce projet constitutionnel vise à inscrire dans la Constitution l’accord de Bougival, signé à l’été 2025, complété par l’accord Élysée-Oudinot. Il prévoit notamment la création d’un « État calédonien » inscrit dans la Constitution française, doté d’une nationalité propre et susceptible d’être reconnu internationalement.
Mais ce processus reste contesté, notamment par le FLNKS, principal mouvement indépendantiste, et l’adoption de la réforme dans un calendrier serré demeure incertaine.
Dans l’immédiat, une chose est sûre : sur la vie chère, les Outre-mer attendent des actes. Pas des annonces repoussées à l’été. Et si le gouvernement promet désormais une loi « musclée », il lui faudra prouver, très concrètement, qu’il est enfin décidé à traiter les Français d’Outre-mer comme des citoyens à part entière, et non comme une variable d’ajustement.




