Pour tenter de desserrer l’étau de la vie chère, le gouvernement polynésien annonce un dispositif inédit : à partir du 1er mars, il prendra en charge 10 % de la valeur CAF de 13 produits de première nécessité importés par bateau. L’objectif affiché est simple : faire baisser les prix en rayon sur les denrées les plus consommées, dans un territoire où le coût du fret et de l’assurance pèse lourdement sur le panier alimentaire des familles.

Le mécanisme vise directement les importateurs. Concrètement, ceux-ci devront fournir les factures des produits concernés afin d’être remboursés à hauteur de 10 % de la valeur CAF, c’est-à-dire le coût du produit rendu au port, transport et assurance inclus. Parmi les produits ciblés figurent notamment les cuisses de poulet congelé, le lait demi-écrémé en brique d’un litre, le riz blanc non parfumé ou encore les lentilles.

Le ministre de l’Économie, du Budget et des Finances, Warren Dexter, estime que cette prise en charge représente environ 800 millions de francs pacifique par an. Selon lui, même si seuls 13 produits sont concernés dans un premier temps, ils correspondent aux produits les plus consommés, et représentent à eux seuls environ la moitié des PPN en valeur. Le gouvernement avance qu’un effet concret pourrait être visible dès les prochains mois, avec une baisse estimée entre 5 et 6 % à la caisse pour les ménages les plus modestes, à condition que toute la chaîne commerciale joue le jeu.

Sur le papier, la mesure est populaire. Dans les faits, elle repose sur une mécanique fragile : si l’importateur bénéficie de l’aide, rien ne garantit automatiquement que l’avantage soit répercuté intégralement sur le prix final, sauf contrôle strict et sanctions dissuasives.

Un dispositif lourd, et des importateurs déjà sceptiques sur sa mise en œuvre

Les professionnels du commerce ne rejettent pas la mesure, mais alertent sur sa complexité. Guy Loussan, porte-parole de la Fédération générale du commerce, souligne que cette subvention ajoute une couche administrative supplémentaire, notamment lorsque les conteneurs importés mélangent plusieurs produits, certains éligibles et d’autres non, avec des marges différentes. Il affirme toutefois que les importateurs et commerçants sont prêts à participer au dispositif, malgré les complications.

Cette remarque illustre une réalité souvent sous-estimée : dans les Outre-mer, la lutte contre la vie chère se heurte autant aux contraintes logistiques qu’à l’empilement de dispositifs publics parfois difficiles à appliquer proprement.

Pour éviter que la subvention ne se transforme en simple cadeau sans impact pour les consommateurs, le gouvernement prévoit des contrôles renforcés. L’administration pourra exiger des justificatifs détaillés, et des sanctions sont annoncées en cas de manquement, avec des amendes allant de 500 000 à 9 millions de francs pacifique.

Dans un contexte social tendu, cette mesure est aussi un test politique. Si la baisse ne se ressent pas rapidement sur les tickets de caisse, l’opinion publique pourrait y voir un dispositif coûteux, profitant davantage aux circuits d’importation qu’aux familles polynésiennes.

Reste donc une question centrale : l’État local sera-t-il capable de faire respecter la promesse, sans faiblesse et sans clientélisme, dans un système économique où chaque maillon défend ses marges ?

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