Une affaire de viol présumé sur mineure révèle un dysfonctionnement judiciaire particulièrement grave entre l’Hexagone et la Guadeloupe. Plus de deux ans après les faits, aucune juridiction ne se reconnaît compétente pour instruire le dossier, laissant la victime sans réponse et le suspect hors d’atteinte.
Les faits remontent à octobre 2023, à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne). Une adolescente de 13 ans dépose plainte pour viol contre un homme présenté comme un proche de son père, hébergé au domicile familial. D’après les informations révélées par Le Parisien, les premiers actes d’enquête ont bien été réalisés : examens médico-judiciaires, évaluation psychologique de la victime, premières diligences.
Mais très rapidement, la procédure s’enlise.
Interpellé en Guadeloupe… puis relâché faute de dossier
En avril 2024, l’homme mis en cause est interpellé à l’aéroport de Pointe-à-Pitre alors qu’il transitait entre le Canada et la Dominique. Placé en garde à vue par la police aux frontières, il est finalement remis en liberté moins de 24 heures plus tard.
Raison avancée : l’absence d’un dossier judiciaire complet transmis par les services de Charenton, empêchant toute suite procédurale immédiate.
Après sa libération, le suspect quitte la Guadeloupe et s’installe à la Dominique, où il se trouverait toujours aujourd’hui.
Conflit de compétence : aucun parquet ne prend la main
Le blocage actuel viendrait d’un conflit de compétence entre les parquets de Créteil et de Pointe-à-Pitre.
Le parquet de Créteil affirme s’être dessaisi au profit de la Guadeloupe. Mais la procureure de Pointe-à-Pitre, Caroline Calbo, indique au contraire que son parquet n’a jamais été officiellement saisi, rappelant que les faits se sont déroulés dans l’Hexagone et que le suspect est désormais à l’étranger.
Résultat : le dossier n’avance plus. Aucun magistrat instructeur n’est saisi, aucune relance effective n’est menée, aucune procédure internationale ne semble engagée. Une situation que l’avocat de la victime qualifie de dysfonctionnement majeur.
Une justice à deux vitesses, au détriment des victimes
Pour la famille de l’adolescente, l’attente devient insupportable. Plus de deux ans après, la victime se retrouve face à un sentiment d’abandon judiciaire total.
Cette affaire met en lumière un point essentiel : dès lors que les dossiers impliquent Outre-mer, Hexagone et mobilité internationale, la machine judiciaire française semble trop souvent se gripper. Or, dans ce type d’affaires, chaque mois perdu affaiblit l’enquête, complique les poursuites et envoie un signal désastreux : celui d’une justice incapable de protéger les plus vulnérables, surtout quand les frontières administratives et territoriales s’en mêlent.
Dans un État sérieux, une plainte pour viol sur mineure ne peut pas être “perdue” entre deux parquets. Ce n’est pas seulement un dysfonctionnement : c’est un échec régalien.




