Une adolescente de 13 ans, victime présumée d’un viol en 2023 à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), se retrouve aujourd’hui face à une situation inacceptable : deux ans après les faits, l’enquête est à l’arrêt, aucune juridiction ne se reconnaît compétente et le suspect a eu le temps de fuir à l’étranger. Révélée par Le Parisien, l’affaire met au jour un dysfonctionnement grave entre les parquets de Créteil et de Pointe-à-Pitre.

Selon les éléments rapportés, l’homme mis en cause, un ami du père, venu du Canada et hébergé au domicile familial, est accusé par l’adolescente d’un viol. Une plainte est déposée mi-novembre 2023. La procédure démarre : examen médico-judiciaire, évaluation psychologique, premières diligences. Tout semblait donc enclenché.

Mais très vite, le dossier s’enlise.

Interpellé en Guadeloupe… puis libéré faute de dossier complet

En avril 2024, le suspect est interpellé à l’aéroport de Guadeloupe par la Police aux frontières (PAF) alors qu’il s’apprêtait à rejoindre la Dominique. Placé en garde à vue, il est pourtant remis en liberté 24 heures plus tard.

Motif : une transmission incomplète du dossier par le commissariat de Charenton, qui aurait empêché les autorités locales de poursuivre la procédure de manière efficace.

Cette défaillance a eu une conséquence directe et dramatique : l’homme a pu quitter la Guadeloupe et s’installer à la Dominique, où il se trouverait encore aujourd’hui.

Deux parquets, aucune responsabilité : l’enquête à l’arrêt

Depuis, l’affaire est bloquée dans un imbroglio de compétences.

Le parquet de Créteil affirme s’être dessaisi au profit du parquet de Pointe-à-Pitre. Mais la procureure de la République en Guadeloupe, Caroline Calbo, assure au contraire que son parquet n’a jamais été officiellement saisi.

Elle ajoute un point déterminant : Pointe-à-Pitre ne disposerait d’aucun critère de compétence, puisque les faits ont été commis dans l’Hexagone et que le suspect est désormais en fuite à l’étranger.

Résultat : personne ne pilote le dossier. Aucune autorité ne se déclare en charge. Et la victime, elle, attend.

Une victime abandonnée, un suspect hors d’atteinte

La famille n’aurait découvert que récemment l’ampleur du blocage. D’où l’incompréhension et le sentiment d’abandon : comment un dossier aussi grave peut-il être “perdu” entre deux juridictions françaises ?

La jeune fille bénéficie d’un suivi psychologique pour tenter de se reconstruire, mais l’absence de réponse judiciaire aggrave la souffrance. Son avocat dénonce une situation sidérante : on affiche la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs comme une priorité nationale, mais quand un dossier concret existe, l’institution n’est pas capable de le traiter.

Un échec régalien

Ce dossier n’est pas seulement une affaire judiciaire : c’est un échec de l’État.

Quand un suspect est interpellé sur le sol français puis relâché à cause d’un dossier incomplet, quand les parquets se renvoient la balle, quand une mineure est laissée sans justice pendant que l’agresseur présumé se met à l’abri à l’étranger, c’est toute la crédibilité de la chaîne pénale qui s’effondre.

Et comme trop souvent, les territoires ultramarins se retrouvent au cœur d’un système administratif désorganisé, où les responsabilités se diluent, où la lenteur devient une excuse… et où les victimes paient le prix fort.

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