En ce début d’année 2026, Wallis-et-Futuna est confronté à une reprise préoccupante des violences intrafamiliales. Derrière les chiffres, ce sont des vies brisées, des femmes et des enfants enfermés dans la peur, et une société insulaire qui ne peut plus se permettre de détourner le regard. Face à cette réalité, la justice locale annonce un renforcement des dispositifs, avec une priorité claire : protéger les victimes immédiatement, en les mettant à l’abri sans délai.

Le parquet de Mata-Utu a récemment diffusé de nouvelles directives afin de mieux répondre à l’urgence. L’idée est simple, mais essentielle : inverser le réflexe habituel. Plutôt que de pousser la victime à fuir dans l’urgence, c’est désormais l’auteur présumé des violences qui peut être extrait du domicile ou placé en garde à vue. Une mesure pragmatique, qui vise à offrir un répit immédiat et à éviter que la victime, déjà fragilisée, ne se retrouve en plus condamnée à l’exil, parfois sans ressources.

Cette hausse des signalements s’accompagne d’un phénomène paradoxal : certains y voient aussi une libération progressive de la parole, longtemps étouffée par la pression sociale et le poids des traditions. Mais cette émancipation ne suffit pas si, derrière, les structures et l’autorité publique ne suivent pas.

« Si je restais, j’allais mourir » : la réalité derrière les discours

Le témoignage de Rose, victime de violences conjugales, rappelle la brutalité du terrain. Après des années sous emprise, elle a fini par prendre une décision vitale : partir.

Elle raconte avoir mis un an à préparer son départ, à travailler et économiser pour ses enfants, persuadée qu’en restant elle finirait par mourir. Ce récit, glaçant, met en lumière une vérité que trop de responsables minimisent : dans ces situations, la victime ne “choisit” pas vraiment. Elle survit.

Et dans un territoire où les solidarités familiales peuvent parfois masquer des silences complices, il devient impératif que l’État joue pleinement son rôle de protection, sans hésitation ni calcul.

Une seule structure d’accueil : un maillon trop fragile

À Wallis, l’association Osez reste aujourd’hui la seule structure dédiée à l’accueil et à l’accompagnement des victimes. Créée en 2013, elle a soutenu près de 200 personnes. Un travail remarquable, mais qui révèle en creux une faiblesse majeure : tout repose sur un unique acteur associatif, sans garantie de moyens pérennes.

Les responsables de la structure alertent sur les limites matérielles : absence de clôture, absence de gardiennage, hébergement fragile. Autrement dit, on demande à une association de faire ce que seule une politique publique structurée peut assurer durablement.

La présidente d’Osez appelle désormais à une concertation régulière entre les acteurs du territoire, avec l’idée d’une table ronde pour coordonner l’action. Une démarche nécessaire, mais qui ne doit pas devenir un alibi pour repousser les décisions.

Car face à des violences qui détruisent des familles entières, l’heure n’est plus aux déclarations. L’urgence impose une réponse ferme : autorité judiciaire, sécurité, protection, hébergements sécurisés, et tolérance zéro pour les agresseurs.

Les permanences de l’association Osez reprendront à partir du 16 février, chaque mercredi et vendredi, de 14h à 17h.

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