Dans les rues de La Réunion, ce 1er mai n’avait rien d’une carte postale. Près de 2 000 personnes ont répondu à l’appel des organisations syndicales, avec une idée fixe en tête, celle qui revient comme un refrain dès que le mois change: la vie chère, et surtout le carburant, ce robinet du quotidien qu’on ouvre tous, qu’on le veuille ou non, pour aller travailler, conduire les enfants, faire tourner une activité.

Car ici, le litre n’est pas qu’un chiffre sur un panneau lumineux, c’est un domino. Quand la pompe grimpe, tout suit, transport, logistique, prix des rayons, services, et au bout de la chaîne le Réunionnais qui compte, recompte, puis renonce. L’inflation a peut-être ralenti sur le papier national, mais sur l’île beaucoup ont la sensation d’être restés coincés au sommet, avec des revenus qui n’ont pas fait le même voyage.

« Prix administrés », colère bien réelle On entend souvent, du côté de l’État, que le prix à la pompe est encadré, fixé chaque mois par arrêté préfectoral, avec une structure de coûts, des taxes, des marges. Très bien. Sauf que quand on ne peut plus remplir le réservoir sans sacrifier autre chose, le mécanisme devient un détail technique et la question, brutale, revient: qui contrôle quoi, qui gagne quoi, et pourquoi la transparence ressemble toujours à une vitre un peu trop opaque?

« Prix administrés », colère bien réelle

Au milieu des revendications, un autre sujet a pointé le bout de son nez, plus symbolique mais révélateur: la remise en cause du caractère chômé du 1er mai. Toucher à ce jour-là, c’est comme jouer avec une allumette près d’un bidon, surtout dans un territoire où le travail manque, où la précarité mord et où la moindre décision prise à Paris est scrutée comme une facture qu’on n’a pas demandée.

Soyons clairs: La Réunion n’a pas besoin de slogans militants de salon ni de leçons de morale d’une gauche qui adore la contestation quand elle n’a rien à gérer, puis se défausse dès qu’il faut arbitrer. Ce que les gens demandent, c’est du concret, de la concurrence quand elle est possible, des contrôles quand c’est nécessaire, une stratégie pour desserrer l’étau des importations, et un État qui assume son rôle sans trembler face aux agitateurs professionnels.

Reste une évidence, presque gênante tant elle est simple: sans activité, sans entreprises qui investissent, sans règles stables, on ne finance ni les aides ni les services publics. Alors, après ce 1er mai, la question est posée, et elle vaut pour tous les Outre-mer: qui aura le courage de s’attaquer aux rentes et aux blocages sans céder au chantage de la rue, tout en protégeant ceux qui, eux, subissent vraiment?

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