Flotte fantôme russe : la Marine nationale arraisonne un pétrolier suspect au large de La Réunion

Par Matteo Zuberbuler 3 min de lecture
Flotte fantôme russe : la Marine nationale arraisonne un pétrolier suspect au large de La Réunion
Flotte fantôme russe : la Marine nationale arraisonne un pétrolier suspect au large de La Réunion

Le pétrolier « DF Peak », battant pavillon béninois et inscrit sur la liste des navires sanctionnés par l’Union européenne, a été intercepté lundi 12 octobre 2026 à 830 kilomètres au sud de La Réunion. Une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Saint-Denis pour identifier son propriétaire et son armateur.

C’est une opération qui illustre le rôle stratégique croissant de La Réunion dans la surveillance des eaux de l’océan Indien. La Marine nationale a arraisonné lundi 12 octobre 2026 le pétrolier « DF Peak » à 350 miles nautiques, soit environ 830 kilomètres, au sud de l’île. Le navire, qui bat pavillon béninois, figure sur la liste des bâtiments placés sous sanctions par l’Union européenne depuis le 25 juin 2024, soupçonné d’appartenir à la dite « flotte fantôme russe ».

Ce terme désigne un ensemble de navires utilisés par la Russie pour contourner les embargos occidentaux sur ses exportations pétrolières. La visite effectuée à bord par les équipes de la Marine nationale, ainsi que l’examen des documents de bord, ont confirmé l’irrégularité du pavillon arboré par le bâtiment. Le parquet de Saint-Denis a aussitôt ouvert une enquête judiciaire, confiée à la gendarmerie maritime et au groupement de gendarmerie départementale de La Réunion.

L’enquête devra établir les conditions d’exploitation du navire et, surtout, identifier son propriétaire et son armateur, dont la responsabilité pénale peut être engagée. Le capitaine du bâtiment encourt jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende pour non-justification de la nationalité de son navire lors d’un contrôle en mer, la confiscation du navire étant également possible. Les 21 membres d’équipage, de nationalités diverses, font l’objet de mesures de restriction et de privation de liberté pour une durée initiale de 48 heures, prolongeable par périodes de 120 heures.

La présence de ce type de navire dans la zone n’est pas surprenante selon les spécialistes. Jérôme Vellayoudom, chercheur associé à l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique à l’Institut des relations internationales et stratégiques, rappelle que la fermeture de Bab-el-Mandeb et les difficultés autour du détroit d’Ormuz ont conduit à une réorientation massive des flux maritimes vers le sud. Le trafic par le Cap de Bonne-Espérance aurait ainsi progressé de plus de 200 %. Cette densification du trafic favorise, selon lui, la dissimulation de navires se livrant à des activités illicites, dont le transport de pétrole russe sous embargo.

Cet arraisonnement s’inscrit dans un contexte de renforcement visible du dispositif militaire français dans la région. La semaine précédente, la ministre des Armées Catherine Vautrin s’était rendue à Madagascar pour officialiser le don de deux drones tactiques à l’armée malgache, destinés notamment à renforcer la surveillance maritime dans l’océan Indien. Un geste diplomatique qui vise aussi à contrebalancer le rapprochement observé depuis un an entre Antananarivo et Moscou. La Mission Pégase avait par ailleurs mobilisé des forces françaises à La Réunion afin de démontrer la réactivité et la projection des armées françaises dans l’Indo-Pacifique.

L’opération du 12 octobre confirme que la France entend exercer pleinement sa souveraineté et ses responsabilités dans cet espace maritime stratégique, au bénéfice de la stabilité régionale et du respect du droit international.