Un arrêté préfectoral prolongeant de 18 mois les autorisations d’études du SYDNE sur des terres agricoles de Beaufond suscite la vive opposition de la maire de Sainte-Marie, Céline Sitouze, qui exige transparence, concertation et respect des propriétaires avant toute décision d’implantation définitive.

Le dossier du futur site de stockage des déchets ultimes (ISDU) destiné aux communes du Nord et de l’Est de La Réunion continue d’alimenter les tensions. Le 29 septembre 2026, la préfecture de La Réunion a pris un arrêté prolongeant de 18 mois l’autorisation accordée au Syndicat intercommunal de traitement des Déchets du Nord et de l’Est de la Réunion (SYDNE) d’occuper des terrains privés à Beaufond, sur la commune de Sainte-Marie, afin d’y mener des « investigations complémentaires » en vue de l’installation de l’ISDU.

Ce jeudi 8 octobre 2026, la maire de Sainte-Marie, Céline Sitouze, s’est rendue sur place, chez la famille Barau, propriétaire des parcelles visées, pour signifier son mécontentement. « Avant de relancer cet arrêté, nous voulons la conclusion des premières études », a-t-elle déclaré, rappelant que le SYDNE conduit des travaux de sondage et de forage sur ce terrain depuis deux ans déjà.

L’élue, qui siège elle-même comme deuxième vice-présidente du SYDNE, s’interroge sur la cohérence de la démarche : « Pourquoi faut-il encore avoir 18 mois d’études alors même que le président du SYDNE, monsieur Laï-Kane-Cheong, nous dit qu’il recherche des alternatives ? » Elle pointe également la contradiction avec les engagements du préfet de La Réunion en faveur de la préservation des terres cannières : le site de Beaufond représente quelque 20 hectares de foncier agricole à haute valeur productive.

Stéphane Sarnon, président de la FDSEA, apporte son soutien à la famille Barau et dénonce une aberration agronomique : « Il y a 12 000 ha en friche, et ils vont prendre une partie de ces terrains cultivables à fort potentiel de 100 tonnes de cannes à l’hectare. On ne peut pas l’accepter. » La perte de terres agricoles productives au profit d’une infrastructure de traitement des déchets, alors que des friches disponibles existent ailleurs, constitue selon lui un choix difficilement justifiable.

Face à cette situation, Céline Sitouze a choisi de mandater un avocat et d’exercer un recours grâcieux auprès du préfet, comme le permet l’article 4 de l’arrêté. « Ce n’est pas un recours contentieux pour faire annuler. C’est un recours constructif pour faire améliorer l’arrêté en y intégrant nos trois garanties », a-t-elle précisé. La maire réclame d’abord la publication du bilan exhaustif des études menées depuis 2024 ainsi que la carte actualisée des parcelles concernées, assortie d’une réunion publique d’information. Elle exige ensuite que les propriétaires soient systématiquement informés par lettre recommandée de toute intervention sur leurs terres, avec état des lieux et indemnisation rapide en cas de dégâts. Enfin, elle demande que les habitants de Sainte-Marie soient consultés avant toute décision définitive d’implantation, et que soit rendue publique l’étude comparative des sites alternatifs.

Magali Barau, gérante de la Société civile agricole de Beaufond et propriétaire du terrain, rappelle pour sa part son opposition constante au projet depuis le premier jour : « Dès le premier jour, nous nous sommes farouchement opposés à cette installation, pour des raisons de fragilisation économique de notre entreprise qui fait vivre 11 salariés. » Le terrain visé se situe au cœur de l’exploitation, et son aménagement nécessiterait de lourds travaux d’accès. La propriétaire souligne également la présence d’une « zone noire » abritant une faune nocturne diversifiée, dont des chauves-souris. Sélectionné parmi 32 sites candidats, le terrain de Beaufond reste pour elle un choix inexpliqué : « Pourquoi nous ? Je ne saurais vous dire. »

Le contexte impose pourtant une certaine urgence : l’actuel centre d’enfouissement de Bel-Air, à Sainte-Suzanne, atteindra sa capacité maximale en 2028. Mais trouver un site d’accueil consensuel s’avère particulièrement difficile. Un premier projet à Cambourg, à Saint-Benoît, avait été abandonné face à l’opposition des riverains. À Sainte-Marie, un référendum organisé le 18 mai 2025 avait vu 97,7 % des votants se prononcer contre l’installation de l’ISDU à Beaufond. La maire estime que la gestion des déchets du territoire ne saurait reposer sur les seules épaules de sa commune : « Nous sommes une ville responsable, mais nous refusons que la gestion du traitement des déchets repose sur les épaules des Sainte-Mariens. »

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