Depuis le 29 septembre, la France métropolitaine a généralisé la suspension administrative du permis de conduire pour l’usage du téléphone au volant. En Polynésie française, où la réglementation routière relève du Pays, la Direction des transports terrestres étudie la question. Une évolution du droit polynésien pourrait suivre.

Dans les embouteillages de Papeete comme sur les routes de l’île, le téléphone en main au volant est une réalité quotidienne que beaucoup d’automobilistes reconnaissent eux-mêmes sans détour. « C’est pour écouter la musique aussi, ici à Tahiti quand tu es dans les embouteillages, t’as envie d’écouter de la bonne musique et oui, j’utilise beaucoup le téléphone au volant », confie une jeune conductrice interrogée. Une autre admet consulter son écran aux feux rouges, estimant qu’« il n’y a rien d’urgent ».

Ces habitudes ont pourtant des conséquences bien réelles. Selon l’Organisation mondiale de la santé, utiliser son téléphone au volant multiplie par quatre le risque d’accident. Lorsqu’il s’agit de lire ou de rédiger un message, ce facteur peut grimper jusqu’à vingt-trois. Des chiffres que Dominique Bonis, directeur de l’association de prévention routière en Polynésie française et délégué du procureur, rappelle avec insistance : « Le risque est multiplié par 5, par 10. Le temps de réaction, il n’y en a plus parce qu’on a les yeux sur le vini, donc on ne regarde plus la route. C’est une catastrophe. »

En métropole, les pouvoirs publics ont décidé de frapper fort. Depuis le 29 septembre dernier, une mesure jusqu’alors appliquée dans certains départements a été généralisée à l’ensemble du territoire national : conduire avec son téléphone en main peut désormais entraîner une suspension administrative du permis allant de quinze jours à six mois, à la demande du ministère de l’Intérieur.

En Polynésie française, la réglementation routière relevant de la compétence du Pays et non de l’État, cette disposition ne s’applique pas automatiquement. Aujourd’hui, l’infraction est sanctionnée d’une contravention de quatrième catégorie, soit une amende de 16 100 francs. Un niveau de sanction que certains jugent insuffisamment dissuasif au regard des risques encourus.

La Direction des transports terrestres a néanmoins ouvert la porte à une évolution. « On va travailler sur les données transmises par les forces de l’ordre, et on pourra analyser si ce phénomène a la même ampleur qu’en Métropole. Et si c’est effectivement le cas, on peut s’attendre à voir des dispositions comparables être introduites dans le droit polynésien », a indiqué Sandra Forlini, directrice de la Direction des transports terrestres de Polynésie française.

Un alignement sur les standards métropolitains en matière de sécurité routière constituerait un signal fort, à la hauteur d’un danger que les chiffres de l’accidentologie ne cessent de confirmer.

Privacy Preference Center