Face à l’augmentation des révélations de violences sur mineurs, le CHU de La Réunion dispose d’une unité dédiée pour accueillir, écouter et accompagner les enfants victimes. Un dispositif pluridisciplinaire rigoureux, articulé autour de la procédure Mélanie, qui place la protection de l’enfant au centre de chaque intervention.
L’affaire de l’école Michel Debré, à Saint-Denis, a remis en lumière une réalité que les professionnels de l’île connaissent bien : les révélations de violences sexuelles sur mineurs sont en nette progression à La Réunion. Un enseignant de cet établissement a récemment été mis en examen et incarcéré pour des faits présumés d’agressions sexuelles et de viols sur des élèves, après un signalement au 119. Une cellule psychologique a été déployée dans l’école pour soutenir enfants, parents et personnels enseignants.
Passé le temps du signalement et du dépôt de plainte, la prise en charge des jeunes victimes s’organise au sein de structures spécialisées. Au CHU de La Réunion, l’Unité d’Accueil Pédiatrique des Enfants en Danger (UAPED) constitue le pivot de ce dispositif. L’unité reçoit en moyenne cinq patients par jour et dispose de trois antennes sur l’île. Elle intervient pour toutes les formes de violences faites aux enfants : agressions sexuelles, violences physiques, cyberviolences, maltraitances familiales ou encore exposition aux dérives sectaires.
La procédure Mélanie encadre le recueil de la parole de l’enfant dans un cadre se voulant le plus protecteur possible. « L’intérêt des procédures Mélanie consiste vraiment à prendre ce temps nécessaire, mais un temps encadré par des professionnels pour permettre à cet enfant d’être entendu, mais d’être aussi soigné », explique Natacha Andy, psychologue au sein de l’Unité de victimologie. La prise en charge est pluridisciplinaire : médecins, psychologues, éducateurs et assistants sociaux travaillent conjointement pour évaluer la situation globale de l’enfant et organiser sa mise en protection.
Une salle d’audition filmée, aménagée avec soin, permet de recueillir la parole de l’enfant dans les meilleures conditions. L’entretien y est conduit par une équipe composée d’un médecin, d’un psychologue et d’un gendarme spécialement formé, selon un protocole précis élaboré par la Maison de la Protection de la Famille (MPF). Derrière une vitre sans tain, un second gendarme supervise l’enregistrement des propos grâce à un équipement offert par l’association La Voix de l’enfant. L’ensemble des éléments recueillis fait l’objet d’écrits sur réquisition transmis à la Justice.
L’objectif de cette audition unique et filmée est double : permettre à l’enfant de ne pas avoir à répéter son récit à de multiples interlocuteurs, et préserver la qualité des éléments à charge pour les suites judiciaires. « Ce n’est pas parce qu’un enfant révèle qu’il est, au moment où il révèle, en situation d’être protégé. Donc il faut organiser sa mise en protection. Il faut écouter pour pouvoir organiser le soin de l’enfant », souligne Natacha Andy. La répétition des faits peut en effet aggraver le traumatisme et laisser à l’enfant le sentiment de ne pas être cru.
Après l’audition, l’enfant bénéficie d’une évaluation médicale et psychologique destinée à mesurer le retentissement des violences subies. Les parents, considérés parfois comme des covictimes, font eux aussi l’objet d’un accompagnement spécifique : informés des conclusions médicales et psychologiques, ils sont ensuite orientés vers les structures adaptées. Si nécessaire, enfants et parents peuvent être reçus à plusieurs reprises avant qu’une prise en charge extérieure ne prenne le relais.
La psychologue insiste également sur le rôle préventif des parents. Elle leur conseille de désigner, dans l’entourage de l’enfant, des personnes ressources vers lesquelles celui-ci pourrait se tourner en cas de violences. « L’enfant peut avoir conscience que son parent peut être malheureux, peut-être triste, peut-être en colère », rappelle-t-elle. Les agresseurs sexuels étant le plus souvent issus de l’environnement proche de l’enfant, il importe de sensibiliser les plus jeunes sans pour autant créer de climat de méfiance généralisée.



