Martinique : barrages et violences perturbent l’île, la CGTM prend ses distances avec les méthodes violente du RPPRAC

Par Alex Ysen 3 min de lecture
Martinique : barrages et violences perturbent l’île, la CGTM prend ses distances avec les méthodes violente du RPPRAC
Martinique : barrages et violences perturbent l’île, la CGTM prend ses distances avec les méthodes violente du RPPRAC Image : DR
En partenariat avec les Hôtels Karibea

Deux ans après les premières mobilisations, le RPPRAC a relancé la contestation le 19 octobre. Barrages, tirs sur les forces de l’ordre, commerces dégradés et braquages ont émaillé les premières nuits. La CGTM, si elle partage certaines préoccupations sur les prix, refuse de cautionner les débordements.

La Martinique subit depuis le 18 octobre au soir une nouvelle vague de perturbations à l’appel des délinquants RPPRAC. Dès le dimanche soir, une vingtaine de barrages routiers ont été signalés sur l’île, tandis que les autorités recensaient cinq vols à main armée entre Le Lamentin et Fort-de-France. La nuit suivante a aggravé le tableau : multiplication des barrages, tirs en direction des forces de l’ordre, huit commerces dégradés et six automobilistes braqués.

Le bilan économique et social s’alourdit d’heure en heure. Les transports scolaires sont fortement perturbés, de nombreux établissements ont fermé leurs portes et les cours se tiennent à distance. La restauration et les commerces tournent au ralenti, faute de pouvoir s’approvisionner ou d’accueillir une clientèle bloquée par les barrages. Sur le parking d’un supermarché à Dillon, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées lundi après-midi autour du RPPRAC.

Face à cette situation, la Confédération générale du travail de la Martinique (CGTM) a tenu à clarifier sa position. Son secrétaire général, Gabriel Jean-Marie, reconnaît que la lutte contre la vie chère est une préoccupation ancienne du syndicat, présente depuis les mobilisations de 1974, 2009 et 2024. « Nous soutenons sur le fond, nous entendons que la cause est juste », a-t-il déclaré. Mais le responsable syndical a immédiatement posé des limites claires : « Nous devons aussi entendre une autre chose, c’est que la population est impactée quant à la manière dont ça se passe. Il y a un certain nombre de choses autour. Si tout ça doit être rattaché au mouvement, nous ne pouvons pas adhérer à certaines méthodes employées. »

Cette prise de distance avec les méthodes du RPPRAC est significative. Les violences nocturnes, les tirs sur les forces de l’ordre et les braquages d’automobilistes débordent largement du cadre d’une contestation sur les prix, et isolent progressivement les factions les plus radicales du mouvement. La population martiniquaise, prise en étau entre les barrages et les actes de délinquance, en supporte directement les conséquences.

La CGTM entend néanmoins mobiliser les salariés sur ses propres revendications, distinctes de celles du RPPRAC. Le syndicat réclame une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux indexée sur l’évolution des prix. « Les prix augmentent de 5 %, eh bien il faudra relever les revenus de 5 % », a résumé Gabriel Jean-Marie, qui appelle les travailleurs des entreprises à s’emparer du mouvement plutôt que de laisser le terrain aux seuls militants du RPPRAC.