Le chantier de la future usine de dessalement d’Ironi Bé, présenté comme l’un des projets les plus attendus pour sécuriser l’approvisionnement en eau de Mayotte, connaît un coup d’arrêt. Par une décision rendue le 31 juillet, le tribunal administratif a suspendu l’autorisation environnementale accordée au projet, estimant que plusieurs obligations prévues par le Code de l’environnement n’avaient pas été respectées.
Le Syndicat mixte Les Eaux de Mayotte (LEMA), maître d’ouvrage de l’opération, dispose désormais de six mois pour régulariser les irrégularités relevées par la justice. En parallèle, l’établissement a annoncé son intention de faire appel afin d’obtenir la reprise du chantier.
Trois manquements environnementaux relevés
Cette décision intervient après un recours déposé en septembre 2025 par les associations Mayotte Nature Environnement (MNE), France Nature Environnement (FNE) et GEPOMAY. Les organisations dénonçaient notamment les conséquences potentielles des rejets de saumure et de substances chimiques sur le lagon ainsi que les atteintes aux milieux naturels.
Le tribunal administratif a retenu trois irrégularités principales. Les juges reprochent d’abord l’absence d’information du Parc naturel marin de Mayotte concernant les rejets chimiques prévus, ainsi que des mesures de compensation jugées insuffisantes pour la destruction de zones humides. Ils soulignent également l’absence d’écrans destinés à limiter la dispersion des matières en suspension durant les travaux, susceptibles d’affecter les fonds marins. Enfin, aucune mesure spécifique n’avait été prévue pour protéger le palétuvier gros poumon (Bruguiera gymnorhiza), une espèce végétale protégée.
Pour les associations environnementales, cette décision rappelle que les grands projets d’infrastructures doivent respecter les mêmes exigences réglementaires que partout ailleurs sur le territoire français.
Un retard qui inquiète les acteurs de l’eau
Si le chantier n’est pas définitivement remis en cause, cette suspension pourrait repousser la mise en service de l’usine jusqu’à septembre 2028 au plus tôt, selon les estimations du Syndicat mixte Les Eaux de Mayotte. Le retard représente également un surcoût estimé à près de 13 millions d’euros lié aux engagements pris avec les entreprises intervenant sur le chantier.
Le LEMA assure toutefois vouloir répondre rapidement aux exigences formulées par le tribunal. Son président, Saïd Maanrifa Ibrahima, affirme travailler avec les services de l’État afin de déposer les éléments correctifs dans les meilleurs délais, tout en sollicitant un sursis à exécution devant la juridiction d’appel.
Cette décision judiciaire relance ainsi le débat entre l’urgence de renforcer les capacités de production d’eau potable à Mayotte, confrontée à des pénuries récurrentes, et la nécessité de garantir la protection des écosystèmes particulièrement fragiles du lagon mahorais.



