Médipôle : les urgentistes alertent le Congrès sur une crise structurelle sans réponse

Reçus mercredi 14 octobre par le bureau élargi du Congrès de Nouvelle-Calédonie, les médecins urgentistes du Médipôle ont dressé un tableau alarmant d’un service saturé. Malgré une succession de plans et d’engagements depuis plus d’un an, aucune mesure concrète ni aucun calendrier n’ont été annoncés à l’issue de la réunion.
Les couloirs encombrés de patients en attente, les soignants débordés, les lits fermés faute de personnel : au Médipôle de Nouméa, la situation aux urgences a atteint un seuil critique. « On n’arrive plus à apporter des soins humains et corrects aux Calédoniens. On a l’impression de ne pas bien faire notre travail », a déclaré Olivier Muller, secrétaire du Syndicat des médecins urgentistes, à sa sortie du Congrès ce mercredi 14 octobre.
Les représentants des urgentistes avaient été conviés par la présidente du Congrès, Virginie Ruffenach, pour exposer leurs difficultés devant le bureau élargi de l’institution. Leur demande est claire : ouvrir davantage de lits d’hospitalisation afin de désengorger le service des urgences, et recruter les personnels soignants nécessaires pour les faire fonctionner. « Nous avons besoin de plus de lits, de plus de moyens, de médecins, d’infirmiers, de plus de moyens humains », a résumé Olivier Muller.
La crise que traverse le Médipôle est antérieure à l’épidémie de grippe qui surcharge actuellement l’établissement. Celle-ci n’a fait, selon le médecin urgentiste, qu’aggraver une situation déjà dégradée : « C’est juste la goutte d’eau qui a fait déborder le verre. » Les passages aux urgences ont progressé de 77 % en une vingtaine d’années, sous l’effet conjugué du vieillissement de la population, de pathologies plus lourdes et de la raréfaction des médecins dans les trois provinces, qui oriente mécaniquement davantage de patients vers le Médipôle. Dès janvier 2025, 110 des 380 lits de l’hôpital avaient dû être fermés faute de soignants disponibles.
Les réponses institutionnelles ne manquent pourtant pas, du moins sur le papier. En août 2025, la direction du Médipôle annonçait des recrutements pour la rentrée de septembre. En février 2026, le gouvernement promettait un plan baptisé « Gallieni de la santé » destiné à améliorer les conditions de travail et l’attractivité des métiers. En avril, le Congrès votait une prime de stabilité et une bonification d’ancienneté pour les paramédicaux, ainsi qu’une hausse de 2,45 % du taux d’évolution des dépenses hospitalières. Fin mai, le Gallieni débouchait à son tour sur de nouveaux engagements. En août encore, la direction du CHT estimait « remonter la pente ».
Sur le terrain, ces annonces successives peinent à se traduire en améliorations tangibles. « Nous, en pratique, on ne voit rien qui change, ou très peu », déplore Olivier Muller. Cette accumulation de plans sans effet mesurable interroge sur la capacité des institutions calédoniennes à transformer les décisions politiques en actes concrets de gestion hospitalière.
La réunion de mercredi n’a pas rompu avec cette tendance. Aucune mesure nouvelle n’a été annoncée, aucun calendrier fixé. Si les groupes politiques se sont montrés attentifs aux difficultés exposées par les urgentistes, aucun engagement précis n’en a découlé. Fait notable : alors que le Congrès avait prévu une séquence d’interviews à l’issue de la réunion, aucun élu n’a finalement accepté de répondre aux questions des journalistes présents.


