Nouvelle-Calédonie : Benoît Moglia, maraîcher à Moindou, vit son « rêve le plus fou »

Boucher de formation reconverti dans l’agriculture, Benoît Moglia cultive depuis plusieurs années ses terres à Moindou aux côtés de son frère. Portrait d’un entrepreneur du terroir calédonien, passionné et ancré dans les valeurs du travail bien fait.
À 48 ans, Benoît Moglia incarne une certaine idée de l’entrepreneuriat agricole en Nouvelle-Calédonie. Maraîcher à Moindou, associé depuis 2001 avec son frère Stephen au sein de la SCA Best, il a troqué son tablier de boucher pour les sillons de la terre en 2017, lorsque son frère lui a demandé un coup de main sur l’exploitation. « J’ai découvert un métier rempli de défis, exigeant mais passionnant », confie-t-il.
Issu d’une famille d’agriculteurs, Benoît Moglia n’a pas eu à chercher loin ses modèles. Son père, figure patriarcale de référence, et son oncle Claude Moglia, fondateur de la ferme laitière de Sarraméa, seule fromagerie-laiterie locale, ont forgé chez lui une conception du travail fondée sur la résilience et la persévérance. « Il travaille du lundi au dimanche, avec toujours le même enthousiasme, quelles que soient les difficultés », dit-il de son oncle.
La transition depuis la boucherie n’a pas effacé ce qu’il a appris dans son premier métier. Il y a cultivé le sens du contact et la fidélisation de la clientèle, des qualités qu’il transpose aujourd’hui dans sa relation au travail agricole. « J’aimais le relationnel, les échanges, le fait de voir des clients réguliers et ainsi créer une vraie confiance au fil du temps », rappelle-t-il.
Comme beaucoup d’agriculteurs calédoniens, Benoît Moglia ne minimise pas les contraintes du secteur. La pression financière, les aléas climatiques et le manque de visibilité sur les revenus futurs constituent des obstacles réels. « On travaille et on investit aujourd’hui sans savoir ce que seront les conditions et les revenus de demain », reconnaît-il. Une réalité qui appelle, selon lui, à davantage de soutien structurel pour les exploitants.
Sa plus grande fierté reste d’ordre humain : travailler aux côtés de son frère, en préservant la complicité familiale et les valeurs transmises par leurs parents. Quant à son outil le plus précieux, il ne s’agit pas d’une machine sophistiquée, mais d’un simple carnet de poche, toujours sur lui, dans lequel il consigne ses observations quotidiennes sur les cultures. Une mémoire du terrain, artisanale et efficace.
Interrogé sur ses projets d’avenir, Benoît Moglia répond avec une sobriété qui en dit long sur son rapport au métier : « Au fond, si je devais vraiment parler d’un rêve, ce serait peut-être simplement de pouvoir continuer comme ça le plus longtemps possible, avec la même passion et la même envie. Je crois que je vis déjà mon rêve le plus fou. »
Il salue également le rôle de la Chambre d’agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie, qu’il juge utile pour les échanges, l’information et l’accompagnement des agriculteurs, même lorsque l’appui technique direct n’est pas sollicité.


