Depuis les émeutes de mai 2024, le marché de l’art en Nouvelle-Calédonie traverse une période difficile. À Nouméa, galeristes et artistes doivent diversifier leurs activités, ajuster leurs prix et trouver de nouveaux débouchés pour maintenir un secteur fragilisé par la crise économique.
Comme de nombreux secteurs de l’économie calédonienne, le marché de l’art subit les conséquences de la crise qui frappe le territoire depuis 2024. Plusieurs professionnels ont cessé leur activité et ceux qui restent cherchent de nouvelles façons d’attirer une clientèle devenue plus prudente dans ses dépenses.
À Nouméa, la diversification apparaît comme l’une des principales solutions pour résister.
Les galeries multiplient les activités
Artiste-peintre et galeriste, Éric Valet exerce également comme encadreur et restaurateur. Cette diversité d’activités lui permet de maintenir son entreprise malgré la contraction du marché.
La fermeture de plusieurs professionnels depuis les émeutes a également réduit la concurrence dans certains domaines. Sa galerie continue par ailleurs de commercialiser les œuvres d’artistes comme Jean Michon, Marc Rambeau ou Nicolai Michoutouchkine.
Le marché ne se limite plus à la Nouvelle-Calédonie. Certaines œuvres intéressent des collectionneurs installés à l’étranger et peuvent être expédiées hors du territoire.
Des prix revus à la baisse
D’autres professionnels misent sur le renouvellement permanent de leur offre. Dans son atelier-galerie, Patricia Bourgeois organise de nouvelles expositions environ toutes les trois semaines, accueillant aussi bien des artistes débutants que confirmés.
Mais la situation économique oblige à revoir les ambitions commerciales. Les artistes déjà installés peuvent difficilement maintenir les tarifs pratiqués avant la crise, tandis que les nouveaux venus doivent proposer des prix accessibles pour espérer trouver des acheteurs.
L’activité ne repose donc plus uniquement sur la vente de tableaux. Des stages de poterie, des cours de céramique et un espace de coworking artistique permettent de diversifier les revenus.
Une exposition collective réunissant plus d’une dizaine d’artistes est notamment prévue en octobre afin de créer une nouvelle dynamique.
Un secteur privé particulièrement fragilisé
Pour Petelo Tuilalo, responsable du département des expositions à l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK)-Centre culturel Tjibaou, le marché traverse une situation particulièrement difficile, notamment dans le secteur privé.
Depuis novembre 2024, le Centre culturel Tjibaou organise tous les six mois un marché consacré à l’art et à l’artisanat. L’objectif est de permettre aux créateurs de rencontrer leur public, de vendre leurs productions et de continuer à faire connaître leur travail.
Le responsable de l’ADCK appelle également à renforcer le dialogue entre artistes, associations, collectivités et institutions culturelles afin de trouver des réponses communes à la crise.
Mieux connaître les artistes calédoniens
La relance du secteur passe aussi par une meilleure connaissance de ceux qui le font vivre. Les données disponibles sur le nombre et la situation des artistes en Nouvelle-Calédonie restent limitées.
La mise en place d’une carte professionnelle des artistes pourrait contribuer à mieux recenser les créateurs dans les trois provinces, aussi bien dans les communes que dans les tribus.
Le dispositif pourrait cependant encore évoluer. Parmi les points soulevés figurent les conditions liées au justificatif de résidence ainsi que la période de candidature, actuellement fixée jusqu’au 2 octobre.
Dans un marché de l’art encore profondément affecté par la crise économique, professionnels et institutions cherchent désormais un même équilibre : permettre aux artistes de continuer à créer tout en trouvant de nouveaux moyens de vendre et de rencontrer leur public.



