Le 7 août, la Colombie ouvrira une nouvelle page de son histoire. Après quatre années de présidence de Gustavo Petro, marquées par une stratégie de négociation avec les groupes armés qui n’a pas permis d’enrayer durablement la montée des violences, le pouvoir passera à Abelardo de la Espriella, élu sur une ligne de fermeté et soutenu par Donald Trump durant sa campagne. À quelques jours de cette transition, le président sortant dénonce une prétendue fraude électorale et va jusqu’à évoquer le risque d’une « guerre civile ».
La démocratie colombienne devra trancher ces accusations dans le respect des institutions. Mais une chose est certaine : la Colombie ne peut plus se permettre de perdre du temps face au narcotrafic.
Car derrière les discours politiques, la réalité est implacable. Les cartels de la drogue continuent d’alimenter la corruption, d’armer les groupes criminels, de déstabiliser l’État et de semer la terreur dans des régions entières. Chaque recul de l’autorité publique est immédiatement exploité par ces organisations qui disposent de moyens financiers parfois supérieurs à ceux de certains États.
Sur ce point, Donald Trump a fait de la lutte contre les cartels une priorité absolue. On peut désapprouver son style, ses outrances, certaines de ses méthodes ou de ses déclarations. Mais il faut aussi savoir reconnaître qu’il a replacé le combat contre les organisations criminelles au cœur de l’agenda stratégique des Amériques. Le futur président colombien entend d’ailleurs rejoindre dès son investiture le « Bouclier des Amériques », une coalition régionale voulue par Washington contre les cartels.
Pour une alliance avec les Etats-Unis pour protéger les Caraïbes
Cette bataille n’est pas seulement celle de la Colombie ou des États-Unis.
Elle est aussi la nôtre et plus particulièrement celle des Outre-mer.
La France paie chaque jour le prix du narcotrafic. Nos territoires ultramarins constituent des points de passage stratégiques entre l’Amérique du Sud et l’Europe. En Guadeloupe, en Martinique, en Guyane ou à Saint-Martin, les trafics alimentent une explosion des règlements de comptes, des homicides et de la criminalité organisée. Les réseaux qui prospèrent à des milliers de kilomètres de Paris finissent par tuer jusque dans nos quartiers. Selon plusieurs sources, 40% de la cocaïne arrivant dans l’hexagone transite par les Antilles françaises.
C’est précisément pour répondre à cette menace que la France a réuni début juillet à Fort-de-France une conférence régionale de sécurité consacrée à la lutte contre le narcotrafic et les trafics d’armes, débouchant sur « l’Appel de Fort-de-France », qui vise à renforcer la coopération entre les États de la région.
Cette initiative va dans le bon sens. Mais elle devra désormais se traduire par des résultats concrets. Et la France et les Etats-Unis, représentés à faible niveau à Fort-de-France, devraient s’allier pour mener une guerre sans merci contre le narcotrafic.
La coopération internationale contre les cartels ne peut plus être un slogan diplomatique. Elle suppose un partage du renseignement, des opérations conjointes, une surveillance renforcée des routes maritimes, des sanctions financières contre les réseaux criminels et une volonté politique sans faille.
Face à des organisations qui ne connaissent ni frontières ni états d’âme, seule la fermeté peut produire des résultats.
Si la Colombie choisit réellement d’engager cette bataille, la France aurait tout intérêt à travailler avec Bogotá comme avec Washington. Car lorsque les cartels reculent en Colombie, c’est aussi la sécurité des Français qui progresse.
Le combat contre le narcotrafic n’est ni de droite ni de gauche.
Il est devenu une exigence de souveraineté… Et de survie pour nos chers Outre-mer.



